Hier soir nous sommes allés dîner dans un restaurant proche de chez nous dont nous avons l’habitude. Coïncidence : du homard breton figurait sur la carte pour la première fois depuis des années. Je me suis cependant demandé si son apparition n’était pas volontaire, le patron du lieu ne portant pas le gouvernement actuel dans son cœur, faisait-il donc ainsi allusion au ministre de la République, qui s’était fait pincé par ce crustacé lors de la période où il était président de l’Assemblée nationale au point de prendre à présent du repos pour une durée indéterminée hors des ors de la République ?
Bien que le homard ne soit pas un de mes plats préférés, sans y être cependant intolérant, sinon à son prix que sa chair un peu caoutchouteuse rend discutable, nous l’avons choisi pour le repas, sans doute influencés par les évènements récents, en espérant inconsciemment nous élever ainsi à un niveau présidentiel, mais sans le décor princier qui va régulièrement avec. Peut-être que choisir de manger du homard par les temps qui courent (et ils courent de plus en plus vite), devait-il être également interprété comme une transgression, puisque ce crustacé est devenu l’objet des colères du peuple, et un motif aux violences verbales et même de menaces visant le consommateur présidentiel pour avoir payé le sacrifice de cet animal innocent avec des deniers publics.
Nous avons dîné sur une table installée sur le trottoir à la vue de tous les passants et j’ai effectivement eu l’impression de commettre une transgression, un acte répréhensible en ressentant une pointe de culpabilité, et même une crainte de heurter le passant dont on ne sait jamais la réaction devant une telle provocation. Bref, un syndrome De Rougyen favorisé par une photosensibilisation. La consommation du homard est mal tolérée en pleine lumière, à la vue de tous, ou lorsque sa photographie est largement diffusée.
Je suis sûr que j’aurais dégusté mon caoutchouc en paix si je l’avais mangé à l’intérieur du restaurant à l’abri des regards ou uniquement de ceux qui commettaient le même acte transgressif que le mien.
NB. Je signale que c'était un demi homard et qu'il était petit.