L’archevêque Carlo
Maria Vigano était en quelque sorte l’équivalent d’un ministre de l’économie de la cité du Vatican, mais contrairement à la plupart de ses homologues européens, il avait réussi à assainir les
finances d’un état, certes grand comme un mouchoir de luxe, mais aux multiples ramifications à travers le monde, un peu comme le Qatar, le pétrole étant remplacé par l’eau bénite. Ce ministre en
robe avait réussi à remplacer un déficit de 8 millions par un actif de 35 millions. Et ce, sans faire appel au ciel par des prières itératives ou en multipliant les cierges, mais simplement en
utilisant ses talents de gestionnaire. C’était là les meilleurs auspices pour qu’il obtienne la pourpre cardinalice qui lui avait été promise.
Mais le malheureux Carlo a commis une maladresse impardonnable. Pédophilie ? Pas du tout, ce genre d’écart pour un membre du clergé aurait pu, à la rigueur, être étouffé. Non, pire, il a dénoncé, et notamment auprès de Benoit XVI, la corruption « inimaginable » qui règnerait au Vatican : appels d’offre truqués, gabegie, affairistes véreux, il alla même jusqu’à accuser le comité de banquiers de plumer le saint des saints de l’Eglise catholique.
Une telle maladresse était impardonnable et ce qui devait arriver, arriva : il a été démis de ses fonctions et le cardinalat lui est passé sous le nez manifestement trop fouineur, illustrant ainsi le vers pertinent de la chanson de Guy Béart : « Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté ».
Gustav Klimt : « la Vérité nue »