C’est par leur corps dénudé que les femen entendent lutter contre l’emprise des religions. C’est en proclamant la libre disposition de leur corps que les femmes ont acquis le droit (fragile) à l’avortement en s’opposant aux religions.
Si le corps est pour certains, et depuis longtemps, un objet démoniaque et tentateur au point de le punir par des mortifications, On voit à l'inverse se diffuser, dans les sociétés occidentalisées, une religion du corps. Il peut devenir l’objet obsessionnel de toutes les attentions jusqu’à devenir objet artistique...ou pathologique dans l'anorexie mentale.
Le « body building » a ses adeptes, cette dénomination remplace celle ancienne de « culturisme ». Les produits obtenus permettent d'illustrer les planches anatomiques pour l'étude des muscles.
A l'inverse, beaucoup trop de femmes sculptent leur corps jusqu'au squelette. Une fois enlevés le papier et la ficelle on tombe sur un os. Les mannequins, leurs fémurs et leurs tibias en équilibre sur des talons hauts, oscillent sur les estrades, à peine maintenus par des muscles atrophiés.
La chirurgie esthétique à la capacité de modeler le corps selon son désir et on n’hésite plus à l’appliquer à des corps juvéniles. Parfois les femmes recherchent à imiter le corps des stars dont l'image est diffusée à profusion dans les magazines et sur internet.
Le piercing (voir « Un mystère à percer ») dont l'excès finissait par devenir comique, semble moins en vogue. Si le piercing est réversible, ce n'est pas le cas du véritable tatouage qu’il est difficile et onéreux de faire disparaître. Il faut faire attention au motif tatoué. Un de mes anciens patients qui s'était fait faire un large tatouage sur le torse n'a jamais voulu retiré son tricot de corps pour être examiné, et aucune personne de sa famille ne l'avait vu torse nu. D'après une étude américaine ce sont 7 fois sur 10 les femmes qui veulent faire retirer leurs tatouages, une dizaine d'années après, pour des raisons familiales ou professionnelles, on les tolère moins chez elles que chez les hommes.
En eux-mêmes certains tatouages ne manquent pas de beauté. J'ignore si l'on continuera longtemps à prendre la peau humaine pour une peau d'animal et en faire un parchemin chargé d'enluminures, mais les tatouages, eux, persisteront comme semble persister l’engouement pour ces dermatoses artistiques.
Malheureusement je n'aurais pas le loisir d'accompagner ces jeunes tatoués jusqu'à la vieillesse et de voir leurs tatouages se déformer, se flétrir comme des fleurs fanées lorsque leur peau deviendra lâche et ridée. Jeune, on pense bien sûr à la mort (jusqu'à la provoquer), mais le plus souvent comme une chose lointaine, un peu théorique. Par contre on pense moins à la vieillesse et à sa déchéance, et c'est tant mieux. Il parait impossible que le corps que l'on possède à 20 ans puisse devenir méconnaissable et les tatouages avec.
Illustration : L’actrice Jaimie Alexander de la série « blindspot »