J’ai marché presque solitaire sur la chaussée avec l’impression d’enfreindre un règlement puissamment ancré dans mon cerveau, et j’ai quitté le trottoir protecteur avec une certaine appréhension. Inquiétude d’ailleurs justifiée, car de temps à autre une voiture avait l’autorisation de franchir le filtre policier pour rejoindre un parking résidentiel.
Je sens que ma ville va devenir une ville-musée, silencieuse, agréable à vivre, écocitoyenne et festive (encore que le « festif » peut devenir infiniment plus bruyant que les voitures si vous habitez à proximité)
Ainsi pourront flâner à loisir les gens riches et/ou qui ne foutent rien. La ville va devenir attractive pour les gens qui en ont les moyens, et leur appartement prendre de la valeur, surtout dans les rues destinées à devenir piétonnes.
Les autres resteront ou iront en banlieue ou plus loin, prendront le métro bien plus pollué que le périphérique, et ne pourront plus utiliser avec leur véhicule utilitaire, en venant de banlieue, les voies rapides sur les berges de la Seine livrées en semaine aux quelques promeneurs oisifs, aux patineurs juvéniles et aux « bobos » des terrasses discutant d’égalité devant leur café.
Pourquoi ai-je l’impression que l’écologie est surtout une affaire de gens qui ont les moyens de l’être, comme avoir une voiture assez neuve pour ne pas être polluante ou faire des travaux dans son habitat pour économiser l’énergie.[1]
Ce qui ne veut pas dire que je n’estime pas nécessaire de se préoccuper de l’écologie, mais il me semble aussi souhaitable de se préoccuper des éventuels effets pervers des mesures prises, surtout lorsque l’on se prétend socialiste.
Dans mon billet : « L’élémentaire des particules » je me demandais si Anne Hidalgo, en tant que socialiste bon teint vert, ne visait pas à sélectionner la population parisienne. Je me demandais également si elle n’était pas un peu psychorigide en imposant des mesures dont l’efficacité est discutée et incertaine, mais je me demande maintenant en voyant « Le mur du çon » du Canard enchaîné du 28/09/16 reproduit ci-contre, si ce n’est pas plus grave.
Restons festif
[1] Le prix d’un double vitrage pour une seule fenêtre coûte environ 1000 € et jusqu’au double pour un triple vitrage.