« Les Français ont exprimé par leur vote aux législatives le désir de limiter le pouvoir du chef de l'État qu'ils avaient élu sept semaines auparavant. Mais ils seront prompts, s'ils le jugent bon, à dénoncer les lenteurs sinon la paralysie de l'exécutif. Prompts aussi à dénoncer les blocages d'une opposition qui resterait trop obstructive, trop sectaire » (Michèle Cotta).
Cette déclaration est à peu près celle faite par la plupart des commentateurs après les élections législatives. Elle suppose une volonté populaire concertée, une stratégie réfléchie, c’est à dire une pensée. Pourtant le peuple n’a pas de cerveau global, il aurait même plutôt tendance à être écervelé, avec une propension à l’émotion et au lynchage plutôt qu’à la réflexion. La capacité cognitive d'une foule est inversement proportionnelle au nombre de cerveaux réunis.
En outre s’il y a un acte éminemment personnel et même secret c’est bien l’acte de mettre un bulletin de vote dans l’urne. Ce n’est pas le peuple qui vote, ce sont des individus, et même s’il existe des consignes de vote, l’électeur n’en fait qu’à sa tête. Aussi attribuer à l’ensemble des votants une volonté quelconque tient de l’anthropomorphisme en donnant à la foule les caractéristiques d’un être humain qui agirait après réflexion alors qu'elle exprime tout et son contraire. Cette élection des députés n’est pas le fruit d’une pensée politique concertée mais de pulsions telles qu’on les observe dans les mouvements de foule : haine, peur, ressentiment, approbation, enthousiasme ou résignation, même si chaque individu qui la compose exprime une volonté, mais était-ce celle de choisir son député ou de limiter l'action du président nouvellement élu ?
Illustration : John French Sloan : « Nuit d’élections »