Le juge qui a libéré Bertrand Cantat en 2007, déplore « sa mise au pilori en place médiatique » considérant qu’il a purgé sa peine (pas trop longtemps tout de même), qu’il n’est pas un assassin puisqu’il n’a pas voulu donner la mort, et qu’il a le droit de se réinsérer en reprenant ses anciennes activités.
Les avis sont partagés, chacun y va du sien, et il n’y a aucune raison pour que je ne donne pas le mien, qui n’a, je vous l’accorde aucun intérêt. Je vais donc rejoindre la meute médiatique en aboyant discrètement.
La purge est d’abord un terme médical de libération des intestins de ce qui l’encombre. Un nettoyage, une remise à neuf. On efface tout pour pouvoir recommencer comme si rien ne s’était passé. Est-ce que dans le cas de Cantat l’incarcération purgative l’a remis à neuf en effaçant tous ses travers anciens et éventuellement encore présents ? Peut-être. Je sais bien que plus rien devoir à la société après avoir purgé sa peine est un postulat juridique sans doute nécessaire, mais s'Il y a des délits comme le vol qui s'effacent aisément après la peine accomplie, l'incarcération d'un tueur n'efface jamais la mort de sa victime.
La personnalité de ce chanteur n'est guère attachante. Son passé montre qu’il n’a pas cessé d’être violent à l’égard de ses compagnes dont l’une s’est suicidée. Sa personnalité violente a-t-elle été purgée ? Peut-être. Avant sa libération conditionnelle il a été examiné par des « experts ». On connaît la valeur des expertises dans l’évaluation des personnalités limites et il est impossible d’évaluer à froid ce que deviendrait cette personnalité sous l’effet de la drogue, de l’alcool ou simplement de la jalousie. Marie Trintignant a tout de même été tuée parce qu’elle avait reçu un message de son ex. lui demandant benoîtement de ses nouvelles.
La profession de Cantat n'est pas banale, se réinsérer dans toutes ses activités anciennes, c'est l’amener à se produire sur scène, à se pavaner en cherchant l’approbation, voire l’amour de son public, à être applaudi en tant qu’individu dont le talent devrait faire ainsi oublier ce qu’il a été par ailleurs, c’est à dire une brute s’attaquant aux femmes dont il est aimé et avec la responsabilité de la mort de deux d’entre elles.
On pouvait espérer de cet individu un peu plus de discrétion. Rien n’empêchait Cantat de se réinsérer en composant des chansons et même à les enregistrer. Mais se pavaner sur une scène, devant ses fans qui ne trouvent rien à y redire, me paraît culotté et sans pudeur après ses exploits brutaux, purgés ou pas.
Notons que des hommes accusés d’agressions sexuelles, souvent sans jugement ou même avec un jugement les innocentant, sont mis au ban de la société et ne pourront plus exercer leur profession notamment dans le spectacle, alors que l’on trouve juste qu’un Cantat, dont l’agression sur sa compagne fut mortelle, reprenne ses spectacles sur scène après quelques années de prison. Le viol est un crime mais est-il plus grave que de frapper sa compagne jusqu'à la tuer ?