La plupart des hommes qui ont pignon sur rue : les écrivains, les journalistes, les présentateurs, les acteurs, les amuseurs et même nombre de politiques masculins (ne pas les confondre avec les précédents) se font une tête de clochard mal rasé. Des poils de trois jours, bicolores, gris et bruns, envahissent en nappes irrégulières leurs visages en leur donnant le plus vilain effet souhaité, la blancheur hétérogène de leur barbe naissante, mais jamais accomplie, contrastant avec la teinture de leurs cheveux.
Certes la France ne va pas très bien, mais va-t-elle si mal que ses élites se préparent à coucher sous les ponts et à s’étourdir dans les vapeurs d’un vin bon marché.
Les jeunes se clochardisent. Ils portent désormais des jeans troués, surtout au niveau des genoux. Même les jeans ne résistent pas lorsque pour gagner sa vie, malgré ses diplômes, on s’agenouille pour frotter les parquets.
La France se clochardise. Elle passe son temps assise sur un banc pour voir le monde passer, en discutant de tout et de rien, surtout de rien, et en écrasant avec émotion une larme à l’évocation de ses malheurs présents et de ses disparus. Sur les bancs de l’école, elle évoque de moins en moins son passé glorieux, les clochards perdent même la mémoire, à moins qu’ils aient honte de leur histoire.
« Le dormeur de l’Avenue Gabriel », en face de l’Elysée (photo prise par Claude, « Vieux, c’est mieux »)