Le téléphone portable, organe surnuméraire acquis par mutation technologique, ne quitte plus l’homo sapiens sapiens : à l’oreille, dans le sac, dans la poche et surtout dans la main pour les jeunes, tapotant des SMS ou attendant plein d’espoir un SMS venu du septième ciel ou un coup de téléphone pour pouvoir bavarder sans fin, quel que soit le lieu, quelle que soit l’activité : traversée entre les voitures, ou juché sur un vélo tenu d’une main, en révélant à l’univers la teneur insipide de leurs conversations.
Dans le métro, les passagers, surtout les jeunes filles, serrent amoureusement cet appendice communicant dans leur dextre au risque de se le faire piquer par quelque amateur encagoulé.
Hier, au restaurant, n’étant pas accompagné, j’étais le seul à lire un magazine, la plupart, entre deux coups de fourchette, téléphonaient, lisaient ou tapotaient des SMS sur leur organe surnuméraire, avec le pouce et avec une habileté faisant mon admiration. On voit bien là que l’opposition du pouce avec le reste de la main est un des facteurs de progression de l’humanité.
Il est probable que les moyens modernes de communication conduisent à une amorce de toxicomanie. Une étude a d’ailleurs été faite à l’université du Maryland. Des scientifiques ont demandé à des volontaires de passer vingt-quatre heures sans mail, sans SMS, sans Facebook et sans Twitter (horrible !), mais avec la possibilité de lire et d’utiliser un téléphone fixe (tout de même ! On n’est pas des sauvages !), et ils ont noté que les cobayes commençaient à développer les symptômes que l’on observe lors du sevrage tabagique. Beaucoup se sentaient isolés et angoissés, ne tenant plus en place, d’autres avaient l’impression d’être mis au régime ou d’être des drogués en manque et à côté des symptômes psychologiques existeraient même des symptômes physiques.
Je vous quitte pour vérifier ma connexion.