La grande question que se posent (parfois) les croyants en un seul Dieu, surtout les chrétiens pour qui Dieu est bonté, mais peut-être aussi les musulmans pour qui Dieu est miséricordieux : comment peut-il permettre la mort des enfants, la torture, les attentats contre des innocents, les massacres, les guerres, les génocides, bref, le quotidien du monde, d’autant plus que beaucoup de ces crimes sont commis en son nom ? Car Dieu est parfait, omniscient, omniprésent, il à l’ œil sur chacun d’entre nous, surveille et jauge chacune de nos actions, et écoute les prières de chaque individu. Bref, il est partout et se mêle de tout, alors pourquoi le crime ?
Les croyants font des acrobaties mentales pour le justifier ou l’expliquer : le péché originel (preuve que le Mal existait au Paradis), Satan, la punition des infidèles, la liberté de l’Homme…etc…
A l’époque du polythéisme, Epicure avait déjà une explication séduisante : il ne fallait pas craindre les dieux, car ils s’en foutaient, ne se préoccupaient aucunement de notre misérable condition et n’avaient aucune relation avec les humains. Bienheureux, immortels et autosuffisants, ils vivaient hors du monde dans une suprême indifférence : « L’être bienheureux et immortel est libre de soucis et n’en cause pas à autrui, de sorte qu’il manifeste ni colère, ni bienveillance », toutes les intentions et les sentiments que la foule prêtait aux dieux n’étaient que des fictions, « tout cela est le propre de la faiblesse ».
Pour le monothéisme, une explication semblable peut être tirée de la Kabbale : Dieu n’est pas là. Il existe, mais il est ailleurs.
C’est surtout au XVIe siècle que les kabbalistes ont systématisé l’idée que Dieu s’est retiré du monde pour le créer. « Là où est le monde, Dieu n’est pas. Et là où est Dieu, le monde n’est pas ». Ainsi les kabbalistes fournissent-ils à Dieu son meilleur alibi : il lui est impossible d’être sur le lieu des crimes.
La conclusion logique est qu’il faut être reconnaissant à Dieu pour la création dont il est responsable, sinon nous ne serions pas là, mais puisqu’il ne fait plus partie du monde, il ne peut être coupable de ce qui s’y déroule. Et pour paraphraser Woody Allen : si Dieu existe, il a une bonne excuse, il n’est plus là.
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