Ce matin, dans une revue de presse sur les ondes, la présentatrice fit état de l’analyse d’un journaliste allemand qui saluait « la sagesse des Français » pour avoir donné au second tour des législatives la majorité absolue à Macron, mais sans l’excès que prévoyaient les sondages, afin de bien rappeler au nouveau président de la République qu’ils lui donnaient les moyens d’agir mais sans en abuser.
Penser que les 47 millions d’électeurs se sont concertés pour adopter une stratégie commune vis à vis du futur pouvoir ou qu’ils ont tous les mêmes motivations pour s’abstenir tient évidemment du fantasme journalistique a posteriori.
L’importance de l’abstention au second tour est probablement liée au fait, outre le beau temps, que les deux candidats en lice pouvaient ne pas satisfaire une grande partie des électeurs dépossédés de leur candidat préféré, en ajoutant l’effet délétère des sondages donnant l’impression que tout était joué.
Cet effet des sondages a également influencé le premier tour des législatives, car lors de celui-ci le panel des candidats était très étendu pouvant toucher toutes les sensibilités. Le choix était vaste, l’abstention le fut aussi et sa signification plus péjorative.
Cette abstention record est évidemment utilisée par les vaincus pour minimiser la victoire du vainqueur en décrétant que celui-ci ne représente en fait qu’une partie très minoritaire de la population, sous-entendant ainsi qu’il n’a pas la légitimité nécessaire pour appliquer son programme. Interprétation qui conduirait à un immobilisme perpétuel.
Ce que les vaincus passent volontiers sous silence est que cette abstention s’applique également à eux, et si le vainqueur ne représente qu’une petite minorité de la population, eux, sont encore moins représentatifs et l’adhésion à leur programme encore plus faible, le système électoral, conçu pour dégager une majorité (et donc injuste), étant identique pour tout le monde.