L’agression antisémite récente avait d’abord été annoncée dans les journaux par des titres de cet ordre : « Un juif a été agressé à la machette par un adolescent à Marseille ». Cette annonce ne comportait aucune erreur, pourtant son libellé me gênait.
Mais pourquoi me gênait-il (en dehors, bien sûr, de la scandaleuse et stupide agression elle-même) ? Parce que de plus en plus on fait passer la religion avant la citoyenneté. On ne dit plus : les Français de confession catholique ou musulmane ou juive, mais on parle plus volontiers (et plus simplement) de catholiques ou de musulmans ou de juifs de France. Autrement dit, de personnes pratiquant cette religion sur le territoire français, ce qui n'implique aucunement leur appartenance à la nation française. Leur identité devenant essentiellement religieuse.
Certes, à Marseille le Français agressé l’a été uniquement parce qu’il est juif et reconnaissable parce qu’il portait la kippa, aussi le titre : « un juif agressé… » était plus frappant et plus « porteur » que : « un Français (ou un professeur) de confession juive a été agressé… »
Mais il me semble que ce glissement sémantique en inversant les facteurs citoyenneté/religion a une autre signification que le simple choix de la brièveté du libellé.
Dessin de Pétillon paru dans le Canard enchaîné du 13/01/16