Au Pakistan où sévit encore la poliomyélite, maladie qui laisse des séquelles graves, mais qui a quasiment disparu ailleurs grâce à une vaccination des plus simples et parfaitement tolérée, des abrutis obscurantistes assassinent les équipes chargées de la vaccination de la population, accusant le vaccin inventé par les mécréants de provoquer la stérilité des musulmans, ce qui dénote, outre l’imbécillité, un degré aigu de paranoïa.
En France, la méfiance à l’égard des vaccins tend à croître, accusés par les sceptiques d’être inutiles et/ou de provoquer des troubles post-vaccinaux (ce qui est parfois vrai) ou des maladies graves (ce qui est plus discutable), alors que chacun sait que des maladies mortelles (comme la variole) ont disparu grâce à la vaccination et que certaines risquent de réapparaître en son absence. La protection étant individuelle mais aussi collective.
Le 7 janvier, un couple d’Auxerrois a été condamné à deux mois de prison avec sursis pour avoir refusé de faire vacciner ses enfants contre la diphtérie, la poliomyélite et le tétanos (les trois seules vaccinations obligatoires en France), alors qu’un père de famille strasbourgeois jugé pour les mêmes faits avait été relaxé. Un pédiatre de Tours a été récemment suspendu par l’Agence régionale de Santé car soupçonné d’avoir délivré une fausse déclaration de vaccination contre le tétanos à un enfant hospitalisé après avoir – manque de chance - contracté la maladie.
Face à cette méfiance qui risque d’avoir des conséquences fâcheuses pour l’ensemble de la population, Marisol Touraine envisage de lancer une campagne d’information, ce qui est tout à fait justifiée et même nécessaire. On s’apercevra peut-être que les vaccinations sont statistiquement moins dangereuses que de traverser la rue.
Mais parallèlement sera organisée une vaste « concertation citoyenne » tout au long de l’année. « Dès le mois de mars, chacun pourra y contribuer, via une plateforme web. Ce débat devrait aboutir à la fin de l’année à une série de propositions pour faire évoluer la politique vaccinale et restaurer la confiance ».
Ce « débat citoyen » me laisse perplexe. Va-t-on demander l’avis du citoyen lambda sur ce qu’il pense de la vaccination ? De sa nécessité ? des complications à craindre ? de la sécurité des produits utilisés ? De la toxicité des excipients ou adjuvants ? De son expérience personnelle ?
C’est une plaisanterie.
Pour ce qui me concerne, bien que médecin, je n’ai qu’un avis superficiel sur la question car je ne suis pas spécialiste des maladies infectieuses. C’est à ces derniers qu’il faut demander leur avis, c’est à eux de débattre sur les vaccinations indispensables, et sur celles qui devraient être facultatives, souhaitables pour certaines catégories de la population, et de peu d’utilité pour d’autres.
Un « débat citoyen » pour des citoyens qui n’y connaissent pas grand chose et qui vont s’épancher sur la toile sur leurs bobos ou les bobos de leurs connaissances attribués à la vaccination, n’a guère de sens.
Ce qui laisse évidemment penser que ce sera surtout un spectacle, le type de communication dont les gouvernements ont le secret, un débat sans débatteurs compétents pour la plupart, une concertation dont on ne tiendra pas compte (imaginons un instant qu’une majorité se dégage pour la suppression des vaccinations !), les décisions à prendre seront prises ailleurs…Et heureusement.