Dessin de Pessin paru dans Slate
Le paradoxe est que sans les journalistes, et notamment ceux de la TV, qui n’ont pas cessé de parler des gilets jaunes et de passer en boucle les images de leurs exploits depuis plusieurs semaines, cette minorité de quelques dizaines de milliers de personnes n’aurait pas eu l’impact sur la société française qu’elle a.
Certes, le génie (qui a eu l’idée ?) fut de revêtir le gilet jaune de la boîte à gants de sa voiture ou du chantier, et d’organiser, non une manifestation unique et localisée, mais des démonstrations multiples et dispersées où ont pu s’exprimer les individus violents et vandales assurant une pression hebdomadaire sur les commerçants, la police, les municipalités qui ont vu bâtiments et mobilier urbain mis à mal, et bien entendu sur le gouvernement, terrorisé à la pensée d’être rendu responsable d’un mort. Ce qui nous a permis de voir cette scène hallucinante d’un boxeur faisant reculer avec ses poings une escouade de policiers nantis de boucliers.
S’attaquer aux journalistes est un très mauvais signe, c’est l’indice d’une pensée qui veut s’imposer dans l’espace public, c’est obliger les autres à penser comme soi, ne pas admettre d’autres versions du monde que la sienne, c’est le premier acte du totalitarisme, celui des autocrates et des dictateurs lorsqu’ils arrivent au pouvoir.
Le paradoxe est que la pensée unique n’existe pas chez les gilets jaunes, il y a autant de pensées uniques que d’individus et cette insatisfaction multiforme risque de rester inassouvie.