Je suis allé en Birmanie il y a 38 ans, deux ans après l’ouverture des frontières aux voyageurs. J’ai failli ne pas y entrer car j’avais sur moi un petit appareil Kodak qui avait éveillé les soupçons des policiers. Devant cet objet mystérieux, ils m’avaient considéré d’emblée comme un espion.
J’ai le souvenir d’un pays magnifique où les gens eux-mêmes sont beaux, où les pagodes souvent
superbes poussent comme des champignons dorés, notamment dans la vallée de Pagan où l’ancienne capitale a été depuis évacuée car ses habitants
avaient mal voté lors de la dernière élection. Bien sûr, un guide nous escortait et nous n’étions pas entièrement libres de nos mouvements.
Curieusement, ce pays avait conservé les traditions de l’époque britannique et à la porte du restaurant de l’hôtel de Rangoon, un maître d’hôtel m’en avait interdit l’entrée car je ne portais pas de cravate. Nous avons dîné dans un silence oppressant à côté d’une table où une vingtaine de Chinois, tous en veste « Mao » identique, mangeaient sans dire un mot, sans doute étouffés par une crème Chantilly qui avait un goût de dentifrice.
Dans la magnifique pagode de Rangoon, les enfants demandaient la permission de toucher les cheveux blonds de ma femme car ils n’en avaient jamais vus.
En ce moment se déroulent des élections, les premières depuis 20 ans, les dernières que la junte militaire avait perdues ayant tout simplement été annulées, les militaires bien au chaud dans leurs privilèges désirant – c’est humain – les conserver. Chacun sait que ces nouvelles élections sont une mascarade et que la junte, cette fois, s’arrange pour les gagner. On se demande bien pourquoi les militaires tiennent tant à paraître démocrates puisque tout le monde sait qu’ils ne le sont pas.
Vous vous demandez peut- être pourquoi je vous raconte tout ça. Bien sûr, il faut comparer ce qui comparable, mais nous avons la chance de vivre dans une démocratie, certes imparfaite, certes très inégalitaire et parfois scandaleuse, certes critiquable, mais justement nous pouvons la critiquer et nous moquer, parfois méchamment, de ceux qui la dirigent. Alors en pensant aux billets de la blogosphère, les miens comme ceux des autres, j’ai eu une pensée pour la Birmanie, car je ne suis jamais allé en Corée du Nord.