Ce billet est surtout destiné aux Parisiens et à ceux qui se rendent de temps en temps à Paris. La municipalité rose-vert de Paris a obtenu de rendre aux piétons une grande partie des berges de la Seine sur lesquelles se trouvent les principales voies rapides ouest-est (voie Georges Pompidou) et est-ouest (partielle) de la capitale consacrées aux voitures. Si la voie sur la rive droite est interrompue pendant la période des vacances, où Paris est déserté, pour y installer le fameux et onéreux « Paris plage » afin que les Parisiens puissent y griller leurs corps pâles au soleil près de l’eau sale pour se donner l’illusion d’avoir quitté la ville, cela ne prête pas à conséquence. Mais les écologistes municipaux semblent avoir une hostilité viscérale à l’égard des automobiles (sauf probablement pour leur voiture de fonction avec chauffeur), si bien qu’ils ont tendance à multiplier les obstacles pour leur circulation dans la capitale.
Leur idéal serait un Paris sans voiture, alors que Paris est une ville étendue, aux transports en commun surchargés et que l’automobile y est indispensable pour ceux qui l’utilisent pour travailler ou pour se rendre à leur travail lorsqu’ils habitent loin de Paris, surtout si leur lieu de résidence est mal desservi. Si ces besogneux affrontent les embouteillages du centre de Paris ou des périphériques, c’est parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement.
Qu’à cela ne tienne, cette double voie rapide au bord de l’eau irrite les écolos-bobos qui aimeraient mettre Paris à la campagne (où la voiture est également souhaitable pour ne pas être isolé), et dès la fin de cette semaine les automobilistes seront stoppés sur la voie rive droite (ouest-est), qui se voulait express, par six feux tricolores et autant de passages piétons, sans doute pour permettre aux désespérés de se jeter dans la Seine (1,5 km seront ultérieurement rendus aux piétons). Il est également prévu dès le printemps 2013 de fermer complètement la voie sur la rive gauche et d’installer sur 2,5 km des espaces de loisirs, un parc et plusieurs restaurants, ce qui est fort sympathique pour les oisifs, mais les 800 à 1200 voitures par heure empruntant cette voie devront aller ailleurs.
Cette amputation ludique de la voie transversale rapide de Paris (où je ne vois que des avantages sur le plan personnel) contraindra des dizaines de milliers de véhicules à emprunter le centre ville ou les périphériques qui n’en peuvent déjà plus. Le maire de Paris, de son propre aveu, espère ainsi désengorger la capitale en aggravant les conditions de circulation et pousser les Franciliens à prendre les transports en commun. Si le quotidien de milliers de personnes, qui ne prennent pas leur voiture pour s’amuser, deviendra infernal et s’ils vont perdre des heures supplémentaires dans les embouteillages en respirant les gaz d’échappement des voitures immobiles ou à étouffer dans les transports en commun surchargés, ils auront au moins la satisfaction de savoir que quelques centaines de désœuvrés pourront flâner sur les berges de la Seine pendant la semaine, faire du roller, de la bicyclette pour le plaisir et prendre un cocktail au bord de l’eau en se lamentant sur l’aggravation des inégalités sociales. Il est tout de même curieux que ceux qui prétendent défendre le monde du travail favorisent ceux qui ne travaillent pas. (A noter que Fillon avait mis son veto au projet et le feu vert, si j’ose dire, a été donné par le socialiste Ayrault).