RUE DES ABBESSES
Ce Dimanche à l’église des Abbesses
Le sonneur saoul sonne et se déchaîne
Après avoir fait honneur au vin de messe
Il carillonne l’hymne à la joie de Beethoven
CACOPHONIE
Dans le square du poète Rictus, place des Abbesses
Des bouts de langues échappées nues font le mur
Des langues étranges, des langues étrangères
Les unes contre les autres, elles se pressent
Langues ennemies devenues impures
Sans barrières, sans frontières
Des hiéroglyphes désordonnés
Eclats blancs d’abécédaire
Des phrases amputées
Des mots solitaires
Peut-être des bêtises
Peut-être des insultes
Peut-être des mots d’amour
Peut-être des mots de haine
Des mots mélangés dans le bleu des carrés
Alignés sur le mur comme des exemples à fusiller
Et le pigeon voyageur au pied du mur regarde l’ouvrage
Tous les messages transportés par-dessus les murs
A travers les pays en paix ou livrés au carnage
De la confusion des mots monte un murmure
Une cacophonie que personne n’entend
Que personne ne comprend
Que personne ne lit
Paul Obraska
MANEGE
Manège cerclé de dorures, d’images de rêve
Lampions comme des étoiles en plein soleil
La musique métallique joue sans trêve
Chaque enfant se presse de choisir sa merveille
Le conquérant au galop figé de sa rosse
Ameute son armée invisible par petits cris
La princesse penche la tête hors du carrosse
Pour saluer au passage sa famille attendrie
L’aventurier en avion au courage incertain
Jette un œil inquiet sur ses parents souriants
Le chauffeur au volant qui pousse en vain
Pour dépasser le cavalier immobile de devant
Les enfants tournent en restant sur place
En dignes habitants de la Terre
Le manège tourne, le monde tourne et se déplace
En faisant des ronds sans fin dans l’Univers.
Paul Obraska