Un accident automobile sur dix serait provoqué par le téléphone portable, que le conducteur utilise ou non un kit mains-libres. Que l’on soit au volant, en moto, ou en vélo, l’accident est provoqué par la distraction due à la conversation, surtout si celle-ci est animée, teintée de colère ou ponctuée de rires. Si le conducteur regarde encore devant lui en étant ailleurs, il omet souvent de regarder son rétroviseur pour ne pas se distraire de la communication et il joint parfois le geste à la parole afin de convaincre son interlocuteur invisible.
Les piétons ne sont pas épargnés et dans une ville, ce sont eux qui fournissent un grand nombre de victimes (En 2010, à Paris, les piétons ont représenté près de 42 % des tués (18) et 33 % des blessés graves (232). Si les automobilistes ou les motards en sont le plus souvent responsables, le piéton a sa part de responsabilité. C’est ainsi que le piéton connecté se permet de prendre des risques car il se sent instantanément revêtu d’une cabine téléphonique censée assurer son intimité et le protéger des évènements extérieurs. De ce fait, les conversations deviennent publiques et le piéton protégé par sa cabine fictive traverse les chaussées sans se préoccuper de la circulation, évitant machinalement (et avec une certaine habileté, il faut le reconnaître) les voitures comme un torero évite le taureau, les acclamations de la foule étant remplacées par les injures des automobilistes.
Mais à présent, le téléphone
portable ne sert pas seulement à téléphoner, il sert aussi à rédiger du courriel, des SMS et à en recevoir, à faire joujou, à consulter internet ou à suivre un trajet sur un plan GPS, aussi
nombre de piétons, en général à la fleur de l’âge, marchent les yeux rivés sur cet objet miraculeux qui leur sert de doudou et qui permet de les repérer, traversent les rues tout en lisant ou
tapotant et sur les trottoirs, le piéton classique qui avance en ne regardant que la rue et ses semblables doit prendre garde s’il veut éviter une collision, à moins de la rechercher en guise
d’entrée en matière.
L’expression « coup de téléphone » prend aujourd’hui tout son sens.