On se gausse et on glose du contact de DSK avec une Porsche, comme s’il avait contracté une maladie honteuse par contamination, avec la crainte d’une transmission à l’ensemble de sa famille.
Les Français ont vis-à-vis de l’argent une certaine répulsion non dénuée d’une pointe d’envie, comme les Américains l’ont vis-à-vis de l’adultère, mais les uns comme les autres pratiquent les deux avec beaucoup de plaisir.
Il est certain que les hommes politiques de gauche ne nagent pas dans la pauvreté. La plupart, comme ceux de droite, ont réussi une « belle » carrière. Doit-on la leur reprocher si elle s’est faite sans malversation ? Doit-on choisir pour être candidat à une haute fonction une personne qui a échoué dans sa vie plutôt que celle qui a réussi ?
Mais, me dira-t-on, DSK est-il un homme de gauche puisqu’il s’est permis d’entrer dans une voiture de luxe ? Certes, c’est incontestablement maladroit de sa part et il eut été plus sensé de ne pas le faire, car la réaction épidermique des Français, dont beaucoup ont du mal à joindre les deux bouts, était facile à prévoir. Cela dit, la pauvreté n’est pas le critère pour être de gauche, ni la richesse pour être de droite.
Mais existe-t-il encore une gauche et une droite ? Si les deux extrêmes, les nostalgiques du communisme ou du fascisme, survivent encore, le libéralisme et les « lois » du marché se sont étendus au monde entier, en dehors de quelques ilots réfractaires où il ne fait pas bon vivre, ce qui permet au libéralisme de justifier ses excès. Qu’ils soient de gauche ou de droite, les gouvernants ne sont plus que des gestionnaires avec une marge de manœuvre étroite où leur « sensibilité », qu’elle soit de gauche ou de droite, ne peut s’exprimer qu’avec parcimonie. Quel que soit le président élu, à chaque décision il aura contre lui une moitié du pays qui le fera souvent reculer. L’expérience a prouvé que les gouvernants de droite vont souvent de droite à gauche, et ceux de gauche, de gauche à droite.