Il est certain que les objets connectés ne sont aucunement indispensables, mais il est aussi certain qu’ils peuvent nous ouvrir des horizons, sans nous rendre pour autant plus heureux. On peut difficilement contester qu’internet nous permet d’accéder instantanément à un vaste champ de connaissances, que le smartphone est utile, bien qu’hypnotique pour beaucoup, que l’ordinateur et la télévision nous donnent des images et des sons du monde entier, des spectacles à domicile et un flux d’informations et de connaissances.
Mais comme chaque chose à son revers, si nous sommes ainsi connectés au savoir et au divertissement, nous sommes aussi
connectés à la merde circulante et diminués par l’esclavage entraîné par la multiplicité des connexions et le temps que l’on y consacre. Les gens finissent ainsi par voir le monde davantage à travers leurs écrans, que dans sa réalité, la plupart marchent désormais dans la rue l’œil fixé sur leur smartphone. Ils en deviennent entièrement dépendants et le superflu s’est transformé en besoin.
Le summum est atteint par la domotique qui prétend rendre intelligent votre habitat en vous rendant con, si le premier objectif est possible, le second est certain. Ce nouveau domaine consiste en l’art de maîtriser les objets et les systèmes à distance grâce à un appareil mobile. Ce remarquable progrès permet par ex. de cuire un plat sans être à la maison, fermer les volets à distance, chauffer une pièce avant votre arrivée et même avec la « gamelle intelligente » nourrir le chien sans contact ce que la pauvre bête pourrait peut-être regretter.
La domotique aurait pour objectif de simplifier la vie et de limiter les déplacements physiques. Simplifier la vie ? Sûrement pas, un système complexe a toutes les chances de présenter des dysfonctionnements, et appuyer sur un interrupteur me semble aussi simple et plus sûr que de commander vocalement l’ouverture de l’éclairage. Quant à limiter les déplacements physiques, c’est l’inverse qui est conseillé. La domotique peut en outre réparer vos oublis, c’est à dire affaiblir la fonction mémorielle. La domotique est inutile (sauf peut-être pour la sécurité), onéreuse, source de soucis et…malsaine.
Les promoteurs de la chose ont en outre le toupet d’affirmer qu’ils s’efforcent de répondre à nos besoins, alors qu’ils en fabriquent d’artificiels pour nous appauvrir car la domotique est un énorme marché se chiffrant en milliards d’euros.
La manie de vouloir commander à distance confine souvent à l’absurde. Pour entrer dans l’intime, mon sèche-serviettes étant tombé en panne et sa résistance électrique ayant disparu du commerce, il m’a fallu changer l’ensemble. Mon nouveau sèche-serviettes est moderne : aucun bouton, aucun interrupteur, mais Ô miracle, une télécommande dont l’intérêt est évident : pouvoir sortir, même nu, de la salle de bain et pouvoir déclencher le séchage des serviettes que l’on vient d’utiliser une fois parvenu dans la cuisine pour boire une bière. Avantage incontestable par rapport à l’ancien sèche-serviettes où j’étais obligé de me baisser pour appuyer sur l’interrupteur marche/arrêt. Mais attention ! on ne peut pas arrêter l’appareil quand on le veut, il faut attendre que le temps de la programmation soit écoulé. J’ajoute qu’une fois l’installation faite il a fallu qu’un spécialiste revienne le lendemain car la connexion entre la télécommande et l’appareil ne fonctionnait pas.
Le progrès technologique, même idiot, ne s’arrêtera pas car la consommation ne doit pas faiblir, et à côté de l’obsolescence programmée, il faut inventer sans cesse de nouveaux produits à vendre, même sans intérêt, les publicitaires et les médias se chargeant de leur en donner.