Les chaînes de TV nous gratifient en boucle de l'histoire des tueurs de Charlie Hebdo et de Vincennes. Leurs visages se succèdent sur les écrans et à la une des journaux. Leurs noms sont inscrits sur le papier et prononcés des dizaines de fois au cours de la journée. Non seulement nous avons droit à leurs biographies édifiantes mais également à des photos souriantes et des vidéos complaisantes. Notamment pour celui qui ne perdait pas une occasion de montrer sa musculature, ses exercices de gymnastique, ses pompes, sa prestation en prison où il se plaignait – pauvre chou – de ses conditions d'incarcération.
Une véritable promotion pour ces ratés fêlés qui vont passer à la postérité de la plus mauvaise manière, et dans le présent servir de modèles pour d'autres ratés fêlés qui tenteront peut-être de dépasser leurs misérables exploits afin de laisser une trace de leur misérable vie souvent marquée par la délinquance.
Je sais que le droit à l'information fait partie des libertés, mais je serais partisan de ne pas jouer le jeu des assassins en déroulant dans les médias leur vie de décérébré et l'histoire de leur folie avec la perversion gourmande dont font preuve habituellement les journalistes.
Je suis pour l'anonymat des assassins islamistes et le silence sur leur parcours. Que leur destin reste anonyme, oublié. Des noms et des renseignements qui ne devraient être réservés qu'aux services de police en se dispensant de les livrer à la curiosité parfois malsaine du public. Ce qui éviterait également d'alimenter les fantasmes meurtriers et le désir de notoriété des assassins en herbe en leur révélant des modèles à admirer et à imiter.
Seules leurs victimes ont droit à notre mémoire.
Dessin de Pétillon paru dans le Canard enchaîné du 14/01/2015