Louis-Ferdinand Céline est mort dans son lit il y a 50 ans. Médecin médiocre, écrivain talentueux, psychopathe antisémite, appelant au meurtre des Juifs dans ses pamphlets, un peu lâche aussi, s’enfuyant en Allemagne puis au Danemark à la fin de la Deuxième guerre mondiale pour ne pas subir le sort de Robert Brasillach, fusillé en 1945.
Ce personnage, dont les écrits antisémites, s’ils sont lus (ne serait-ce que des extraits), font prendre le risque de vomir son dernier repas, a été inscrit dans l’officiel « Recueil des célébrations nationales » comme un de « ceux dont la vie, l’œuvre, la conduite morale, les valeurs qu’ils symbolisent sont, aujourd’hui, reconnues comme remarquables» (préface de Alain Corbin)[1].
Bien sûr, cette inscription a soulevé une polémique, notamment de la part de Serge Klarsfeld, celui-ci soulignant que les orphelins de ceux dont Céline justifiait avec tant de haine et de jubilation l’assassinat, sont encore vivants ayant échappés au massacre, ce qui a conduit à son retrait de la liste de célébrations nationales.
Si Céline est un écrivain qui a marqué le XXe siècle, on peut difficilement dire qu’il a été remarquable par sa conduite morale et les valeurs qu’il symbolisait.
Chacun aura son opinion sur la séparation de l’œuvre et de son créateur (65% environ des votes sollicités par le Figaro seraient pour une célébration de l’anniversaire du cinquantenaire de la mort de Céline).
On peut aussi se poser la question de la pertinence de ce recueil des célébrations nationales établi par une équipe d’archivistes résumant en quelque sorte une histoire officielle, entériné par un Haut Comité, dans le but est de « pacifier les mémoires ». Cette brochure serait pour ses promoteurs qu’un simple pense-bête à l'attention des associations et autres institutions. La France aime marcher à reculons, l’œil fixé sur le passé, au besoin en l’arrangeant.
L’histoire est ouverte à tout le monde et chacun est libre de célébrer qui il veut, on peut donc se demander quelle est l’utilité de faire un choix officiel, qui, comme on le voit, est loin de pacifier les esprits.
[1] « Dans les pages consacrées à Céline, Céline est prétendument présenté comme se tenant «à l’écart de la collaboration officielle» alors qu’il écrit dans «Au Pilori» et qu’il publie pendant l’Occupation de violents écrits antijuifs: en 1941, «Les Beaux Draps», et la réédition de «Bagatelles pour un Massacre», en 1942, la réédition de «l’Ecole des Cadavres». » (Serge Klarsfeld)