Les ministres successifs de l’Education Nationale se sentent obligés - les résultats n’étant guère à la hauteur des sommes englouties - de modifier quelque chose pendant leur bref séjour à ce poste : journées, horaires, programmes, façon d’enseigner, etc… Les enseignants doivent bien s’ancrer pour ne pas être emportés par les vents successifs et de directions contraires. En 1940, on disait que pour les messagers en moto de l’armée française, celui qui conduisait était porteur de l’ordre et son passager sur le siège arrière du contre-ordre.
Toutefois, un bon ministre ne doit pas faire trop de vagues pour ne pas être emporté par un raz de marée protestataire venu des syndicats, des parents d’élèves ou des élèves eux-mêmes. Par contre il y en a peu qui ont résisté à l’influence de cuistres pédants (pléonasme) qui, pour des raisons mystérieuses et parfois idéologiques, se sont efforcés de remplacer les méthodes d’enseignement simples, aux termes clairs, qui leur ont permis, à eux, de réussir, par des méthodes délirantes, une phraséologie opaque substituant, par exemple, à la bonne vieille triade : sujet – verbe - complément, des dénominations absconses (« situation d’énonciation », « adjuvant », « adjuvé », « schéma actuantiel ou narratif »…) qui vont traîner des années dans les manuels, de quoi dégoûter définitivement les élèves de la littérature.
L’université n’échappe pas aux élucubrations, comme celle du changement de toutes les dénominations anatomiques, changement dont l’intérêt est nul, sinon celui de compliquer la vie des étudiants.
Les médiocres pensent toujours faire une découverte en changeant le nom des choses.
Luc Chatel ne manque pas à la règle générale : donner l’impression de réformer mais sans trop bouger. Il veut que l’on apprenne aux élèves les calculs de la vie courante, je pensais que cette enseignement élémentaire allait de soi, car (horreur !) on peut perdre sa calculette, cependant il est possible que cela ne soit pas le cas car, il y a maintenant longtemps, j’ai appris à ma fille les merveilles de la règle de trois.
Il veut que les enfants s’intéressent à la science. Je trouve que c’est une bonne chose. La science est omniprésente et l’on ne dispose pas assez de scientifiques en France, les études étant longues, difficiles et les rémunérations plutôt courtes. Mais il propose "qu'il y ait un seul enseignant pour les sciences physiques, la chimie, les SVT et la technologie". C’est peut-être un peu difficile pour les enseignants de bien connaître toutes ces matières, mais c’est une excellente occasion d’en réduire le nombre et de faire baisser le niveau de l’enseignement.
Peut-être faudrait-il ne pas changer les programmes à tout bout de champ, laisser les enseignants enseigner comme bon leur semble et ne les juger que sur leurs résultats.
Si apprendre aux enfants à se dispenser de la calculette va de soi, la place royale pris par les mathématiques dans l’enseignement me semble excessive puisque cette matière est la marque des classes « d’élite ». Si les mathématiques sont indispensables pour former des ingénieurs ou des physiciens, beaucoup de sciences ne les utilisent pas, en dehors des calculs statistiques qui n’ont rien à voir avec des mathématiques de haut niveau. Sélectionner, par exemple, les futurs médecins sur leur don pour les mathématiques est un non-sens, car ils ne les utiliseront jamais dans leur pratique quotidienne, il serait préférable de les remplacer par l’étude de la philosophie et… de l’anglais médical.
Illustration : Edouard Vuillard "Deux écoliers, jardin public"