Je n’ai pas lu directement l’enquête qui vient de paraître sur les opinions de centaines de lycéens. Elle constate une tendance marquée à la radicalisation (ce terme dépassant le cadre de la radicalisation islamiste). Cette enquête a surtout porté sur des élèves d’établissements situés dans les quartiers dits « sensibles », euphémisme pour dire que leurs habitants sont surtout d’origine africaine, Afrique du nord ou Afrique noire, et souvent musulmans.
Il faut noter que les titres de journaux parlent de la « radicalisation des jeunes », et quand on prend connaissance des résultats mentionnés dans les articles, ils concernent en particulier des jeunes qui se réclament de l’islam. Ce sont les jeunes de France d’obédience musulmane qui semblent le plus intéresser les sociologues et les journalistes. Certes, ils sont très remuants (notamment le jour de l’an) et pour certains dangereux ou comptant le devenir, mais ils restent encore minoritaires parmi la jeunesse de France et l'enquête n'a pas porté sur les lycées catholiques ou juifs.
On note que nombre de ces jeunes musulmans font passer leurs lois religieuses avant celles de la République et certains ont un regard qui ne manque pas de sympathie sur les auteurs des attentats islamistes, ce qui est évidemment préoccupant. Mais il n'est pas illogique pour des musulmans fervents de faire passer la religion avant les lois de la République puisque l’islam ne sépare pas le temporel du spirituel. Par contre, le rejet de la science confrontée aux croyances (accompagné, bien sûr, du complotisme qui va avec) montre le degré d’obscurantisme qui les atteint au début de ce XXIe siècle (1). Mais ceci ne les empêche cependant pas de manipuler avec délice tous les objets inventés par cette science que sans doute ils ignorent, mais qu’ils considèrent comme moins fiable que la croyance.
Croire est une chose, de nombreux scientifiques ont la foi, mais transformer la croyance en savoir, comme le font les créationnistes et les partisans de la platitude de la Terre, est une démarche particulièrement rétrograde qui conduit également à nier l’histoire si elle ne convient pas au croyant. C’est aussi l’indice d’une certaine imperméabilité au raisonnement. On ne peut convaincre un être qui place le savoir hors de la raison et hors de toute discussion, celle-ci lui paraissant inutile, voire sacrilège. Cause toujours, cause perdue.
Les chiffres de la tentation radicale (Le Point)
Enquête réalisée, entre septembre et octobre 2016, sur 7 000 lycéens de seconde dans 23 établissements de quartiers sensibles.
32 % des musulmans ont une approche « absolutiste » de la religion, censée détenir une vérité absolue sur les questions religieuses et sur le monde séculier (6 % des chrétiens).
51 % adhèrent totalement ou partiellement aux théories du complot dans le cas du 11 septembre 2001.
24 % des lycéens ne condamnent pas totalement les auteurs des attentats de novembre 2015.
34 % considèrent qu'il est acceptable dans certains cas de participer à une action violente pour défendre ses idées.
45 % reconnaissent avoir vu sans partager des images et des vidéos de Daech (4 % avec partage).
69 % se considèrent très ou assez concernés par la minute de silence organisée après les attentats de janvier 2015 (24 % pas tellement ou pas du tout concernés).
52 % des garçons déclarent avoir déjà affronté les forces de l'ordre.
(1) "Mais, sur le plan de la radicalité, les musulmans – ceux qui se définissent comme tels – se distinguent nettement : 81 % pensent que c'est la religion plus que la science qui explique la création du monde. Les absolutistes, considérant qu'il n'y a qu'une seule vraie religion et pensant que la religion a raison par rapport à la science, comptent pour 11 % de notre population étudiée, 5 % parmi les chrétiens, 32 % parmi les musulmans. Nombre de lycéens, principalement musulmans, estiment que la science est une sorte de croyance comme les autres, avec la conviction que la religion est en avance sur la science." (Olivier Galland)