Le corps social a quelques similitudes avec notre organisme. Il reconnaît un élément étranger, surtout s’il ne veut pas s’intégrer, et sa tendance est de s'en méfier ou même de le rejeter. Mais le corps social, si l’on suit son histoire, s’est constitué pour une bonne part de particules étrangères qu’il a fait siennes et dont il s’est enrichi comme il est probable que notre organisme a intégré des bactéries dans un très lointain passé pour en faire les mitochondries du cytoplasme cellulaire. Le corps social n’a pas le même système de défense que notre organisme, il est normalement et heureusement bridé pour ne pas détruire systématiquement l’étranger, l’objectif est de l’intégrer, de l’inclure afin qu’il fasse partie du corps.
Les choses se gâtent quand l’étranger reste hostile comme l'est un germe virulent, tout en s'estimant victime de l'organisme dans lequel il s'est introduit. Alors le corps social agite ses cellules extrêmes et se met à secréter des anticorps.
Notre organisme connaît des dérèglements de son système immunitaire qui va jusqu’à attaquer ses propres organes qu’il ne reconnaît plus en provoquant ainsi une inflammation et des maladies auto-immunes. L’Europe est un gros organisme mou qui s’est laissé envahir par nombre de corpuscules qui ont plus l’intention de la bouffer que d’en faire partie, alors des défenses, ici et là, se lèvent, plutôt radicales, et on se demande si en s'imposant elles ne vont pas déclencher, en ne reconnaissant plus les siens, l’inflammation destructrice d’une maladie auto-immune. Quand on fait appel à un remède, il faut espérer que ses effets secondaires ne seront pas pires que le mal.