Je ne suis pas psychiatre et je n’ai de la psychiatrie que des connaissances superficielles. En fait, cette spécialité médicale m’a toujours étonné et je suis conscient de sa difficulté car, à ma connaissance, elle ne s’appuie sur rien d’objectif, aucun examen complémentaire, imagerie ou biologie et l’examen clinique ne comporte essentiellement que l’interrogatoire. Tout est basé sur une conversation, un échange de paroles pour ne pas dire un échange de mensonges ou de simulation. L’un doit faire confiance en la parole de l’autre ou savoir dans quelle mesure le patient cherche ou non à berner le médecin, soit en accentuant ses troubles, soit en les minimisant quand il y trouve son intérêt. Si la parole n’est pas sincère, la consultation de psychiatrie peut devenir un jeu de dupes, un patient intelligent peut manipuler le médecin et obtenir ce qu’il veut de lui. Le médecin n’est pas nécessairement plus intelligent que son patient surtout face à un manipulateur. Pour ma part, j’aurait été horrifié de devoir juger de la santé mentale d’autrui et de devoir trancher sur la dangerosité d’un individu. J’ai un souvenir personnel qui m’a beaucoup marqué : dans l’hôpital où j’exerçais, un psychiatre fit sortir un patient, le jugeant apte à reprendre une vie normale et ne présentant à son avis aucun danger pour autrui. Peu de temps après sa sortie, j’ai appris qu’il avait tué sa femme et ses enfants avant de se suicider. Je plains mes confrères psychiatres d’avoir à prendre des décisions lourdes de conséquences concernant des criminels ou susceptibles de le devenir en se basant sur une simple conversation ou des tests.