Jérôme Fourquet, dont les analyses sur la société française font références, a déclaré dans Le Point du 30 novembre à propos du drame de Crépol et le meurtre du jeune Thomas : « Ce recours au couteau porte la marque d’une décivilisation ». Ce qui laisserait penser qu’un meurtre par balle, par explosif, par obus ou bombe éventuellement nucléaire serait plus civilisé. Il est vrai que le couteau est une arme préhistorique, et que la civilisation a justement permis d’inventer des techniques plus efficaces pour tuer ses semblables, le sumum de la civilisation étant de pouvoir anéantir les habitants d’une ville en quelques secondes. En fait, le couteau qui tue au détail est une arme du pauvre, artisanale et d'efficacité aléatoire. La décivilisation vient du fait que le porteur du couteau le porte toujours sur lui et a tendance à le sortir facilement pour l’utiliser à la moindre contrariété ou la moindre opposition en dépit des règles sociales. Le rejet de celles-ci est en effet une décivilisation. Le couteau est une arme d’accès facile, et le porter sur soi sans nécessité indique déjà une propension à tuer. Mais la civilisation permet de tuer massivement à condition de suivre les lois de la guerre. Être civilisé, c'est suivre les règles. Illustration : Goya "Bandit assassinant une femme".