Un décret paru le 24 juin met fin à la prise en charge de l'hypertension artérielle sévère dans le cadre des « affections de longue durée » (ALD), cette décision ne concerne que les cas à venir. En préambule au décret figure l’explication suivante : l'hypertension artérielle sévère est la « seule ALD à constituer un facteur de risque et non une pathologie avérée ». Selon les chiffres officiels, 344 000 personnes sur les 7 millions de personnes souffrant d'hypertension artérielle sont pris en charge à 100%.
Cette décision, qui prouve l’incompétence des décideurs, amènent quelques commentaires :
1° L'HTA sévère a deux définitions, une définition manométrique : PA > 180/110 mmHg et une définition liée à l'existence de retentissement sur les organes cibles de l'hypertension : les artères, les reins, le cœur, le cerveau. La structure et la fonction de ces organes sont modifiées, ne serait-ce que sur le plan microscopique, une HTA sévère n’est plus un facteur de risque, c’est déjà une maladie, même si l’atteinte des organes reste latente pendant des années. Faut-il attendre la défaillance cardiaque ou rénale ou un accident vasculaire cérébral pour rejoindre par chacune de ces affections la liste des ALD ?
2° L’HTA sévère exige en principe un traitement à vie. Pour une affection de longue durée, c’est une affection de longue durée !
3° En raison du niveau atteint par la pression artérielle, pour tenter de la normaliser, le traitement est souvent lourd. Si vous prescrivez cinq ou six médicaments pour ce qui est officiellement considéré comme un facteur de risque et non une maladie, le patient peut logiquement vous répondre qu’il les prendra lorsqu’il sera malade (or le défaut d’observance est un des obstacles au contrôle de la PA). D’autant plus que l’HTA, même sévère, peut ne provoquer aucun trouble, les symptômes n’apparaissant le plus souvent qu’avec les complications.
4° Le traitement antihypertenseur pour les cas sévères est onéreux et nécessite en outre une surveillance médicale avec consultations régulières et des examens complémentaires. Or il se trouve qu’il existe un gradient socio-économique pour les maladies cardiovasculaires: ce sont les plus pauvres qui sont les plus touchés. Le patient démuni devra-t-il payer son loyer ou acheter des médicaments antihypertenseurs ? Voilà une façon d’entrer rapidement dans une médecine à deux vitesses.
5° Cette décision n’est aucunement scientifique mais économique. Il est vrai que la santé coûte de plus en plus cher, si cette mesure génèrera des économies dans un premiers temps, elle coûtera davantage dans l’avenir en laissant éclore des maladies graves dont les soins seront bien plus onéreux. Quant est-il de la fameuse prévention et de l’investissement pour un meilleur état de santé de la population ?
6° Ce qui me console c’est que les frais liés au changement de sexe reste pris en charge à 100%, ALD hors liste (puisque qu’en France la transsexualité a été supprimée des maladies mentales et que l’on ne savait pas où la mettre). Il est vrai qu’être mal dans sa peau est autrement plus sérieux qu’avoir une hypertension sévère avec quatre fois plus de risque de mourir que les autres.