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« Selon les résultats d'un sondage réalisé par Pasteur Mutualité, l'idée de prescription thérapeutique non médicamenteuse, séduit les Français. Ils sont plus de 7 sur dix à le souhaiter » (juin 2011). |
70% des personnes pensent-elles que le médecin prescrit trop de médicaments et qu’il aurait pu s’en dispenser ? Ce n’est pas impossible, mais il faut noter que nombre de patients se plaignant d’un trouble viennent pour une prescription médicamenteuse, quand ils ne la réclament pas. Ou pensent-ils que l’absence de prescription médicamenteuse est l’indice qu’ils ne sont pas malades ? Dans ce dernier cas il n’est donc pas étonnant qu’ils y soient favorables.
En raison d’une plus grande transparence et des accidents secondaires bien médiatisés, les patients finissent par avoir plus peur de la thérapeutique que de la maladie et parfois ils n’ont pas tort. Mais si l’on rapporte le nombre d’accidents iatrogènes au nombre de médicaments pris par la population, leur risque est très faible, variant avec le type de médicament et les médicaments associés. La médication est une intrusion dans l’organisme, elle y modifie des rouages, et il serait évidemment plus simple et anodin de guérir par un miracle ou par l’imposition des mains.
Il ne faut pas se leurrer, en dehors des conseils hygiéno-diététiques maintenant connus de tous pour peu que l’on regarde la bande inférieure de l’écran de TV, et qui, à la limite, ne nécessitent pas une consultation médicale, chacun sachant pertinemment ce qu’il devrait faire, on ne peut se dispenser d’une prescription médicamenteuse que lorsque le patient n’est pas malade ou quand il est atteint d’une maladie dont il va guérir spontanément. Il arrive aussi que l’on ne dispose d’aucun médicament efficace contre la maladie diagnostiquée, ce qui permettrait de se dispenser d’en prescrire, mais serait-il admissible de ne pas tenter d’améliorer le confort du patient à défaut de le guérir ? Les malades authentiques, s’ils craignent l’efficacité même des médicaments, peuvent toujours faire appel à un charlatan, s’ils ne craignent pas une aggravation de leur état.
Ainsi, 70% des Français aimeraient que leur médecin inscrive (aujourd’hui par imprimante) sur l’ordonnance des prescriptions comme : modérer ou arrêter la consommation d’alcool, arrêter de fumer, manger moins et moins gras, avoir une activité physique régulière…Sinon, qu’entendent-ils par prescriptions non médicamenteuses ?
- Les régimes miraculeux ont surtout la vertu d’enrichir leurs auteurs et parfois d’abimer leurs consommateurs
- Les « remèdes de grand-mère » sont efficaces lorsque le malade guérit tout seul, car dans le cas contraire, il est plus prudent de pousser mémé dans les orties et d’appeler le médecin.
- Les médecines dites « parallèles » sont surtout parallèles à la maladie et n’interrompent pas sa marche, même si certaines d’entre elles peuvent atténuer des troubles, ne serait-ce que par leur effet placebo.
- Quant aux herbes, elles peuvent avoir un
effet favorable sur de petits troubles, à moins qu’elles ne provoquent elles-mêmes (heureusement rarement) une maladie sérieuse. Rappelons que la bourdaine et le séné
malmènent l’intestin, l’arnica peut provoquer des dermites et des troubles gastro-intestinaux, l’eucalyptus des nausées et vomissements, la camomille des réactions allergiques, le millepertuis
une photosensibilisation, le thym des troubles gastro-intestinaux, le kava a une toxicité hépatique comme le thé vert et l´aloè vera, quant à l’aristoloche elle a une toxicité rénale et est cancérigène[1]…
Concluons par une évidence : on ne peut pas se dispenser des médicaments lorsque le patient en a besoin et qu’il ne peut pas guérir ou être soulagé sans eux. Les mesures hygiéno-diététiques sont maintenant connues de tous et bonnes pour tout le monde, à chacun de les suivre ou pas. Même indispensables (et la consultation médicale peut aider à les suivre en évitant d’être culpabilisante), il est assez rare qu’elles suffisent seules à guérir un malade (comme l’arrêt total et définitif de l’alcool chez un alcoolique ou la diététique chez un obèse ou un « petit » diabétique), mais elles peuvent retarder ou prévenir l’apparition d’une maladie[2]. Mais va-t-on consulter un médecin uniquement pour la prévention dont on connait les règles admises et aussi les difficultés à les suivre ? (Je ne parle évidemment pas des vaccinations ou du dépistage systématique).
On peut donc émettre l’hypothèse qu’en cette matière, au moins sept Français sur dix ont une opinion vide de sens3.
Van Gogh : « Portrait du Docteur Gachet »
[1] En 2003, la ministre de la Santé d’Afrique du Sud, soutenait (comme son Président) que pour lutter contre le sida il était plus sûr d’utiliser de l’ail, de l’huile d’olive et de l’oignon que des antirétroviraux. Ce déni qui a duré jusqu’en 2008 a fait de l’Afrique du Sud le pays le plus contaminé au monde.
2 La Haute Autorité de Santé encourage les prescriptions non médicamenteuses validées (essentiellement hygiéno-diététiques), si possible seules, mais le plus souvent en complément.
3 Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas trop de médicaments sur le marché, et que cette abondance ne favorise pas leur prescription. Même en restant efficace leur nombre pourrait être divisé par deux ou trois. En France, il y aurait 5000 à 8000 molécules différentes correspondant à 12000 présentations différentes. Pour une même action on peut trouver une vingtaine de molécules qui n’apportent rien de plus que les premières de la même famille. Une pléthore entretenue par les laboratoires car il est plus facile et moins onéreux d’imiter que d’innover.