On assiste, comme on pouvait s’y attendre, à un mouvement de balancier. Depuis que les agences qui contrôlent les médicaments en évaluant le bénéfice/risque de chacun d’eux ont été récemment défaillantes dans cette évaluation, en particulier pour le Médiator, elles deviennent excessives dans l’autre sens. La commission d’AMM recommande le retrait des spécialités à base de l’anxiolytique méprobamate (Mépronizine, Equanil…). Et pour quelle raison ? « L’analyse des dernières données de pharmacovigilance a mis en évidence la persistance d’intoxication volontaire et de mésusage » ! (même raison pour le retrait récent du Di-Antalvic).
TOUS les médicaments efficaces peuvent être utilisés pour se tuer ou provoquer un accident lorsqu’ils sont détournés du bon usage, le principe de précaution imposerait de les retirer TOUS du commerce. Il ne resterait plus dans la pharmacopée que les médicaments homéopathiques avec lesquels il est très difficile de se tuer.
Mais ce principe de précaution imposerait d’aller plus loin et de retirer du commerce la corde qui peut servir à se pendre ou les trains pour que les gens ne se jettent pas dessous.
Mais il existe une tendance qui va à l’inverse du principe de précaution : l’intervention de la justice. Il devient de plus en plus fréquent qu’une interdiction formulée par les agences sanitaires soit remise en cause par la justice. Ceux qui sont visés par une interdiction font maintenant appel au Conseil d’Etat pour juger de la validité de la décision. Ce fut le cas pour le Ketum et c’est à présent le cas pour les méthodes de destruction non chirurgicales du tissu graisseux à visée esthétique, interdites en avril dernier et dont le décret d’interdiction vient d’être suspendu par le Conseil d’Etat. Ce qui permet aux piqueurs de continuer (peut-être provisoirement) leur activité anti-graisseuse.
Si les agences sanitaires font parfois n’importe quoi, c’est tout de même à elles de se prononcer sur le risque d’une méthode thérapeutique en exigeant de ces agences plus de sérieux et de rigueur[1]et on voit mal la justice intervenir dans un domaine qu’elle ne connait pas, ce qui risque d’être dangereux.
[1] Remarque du nouveau président de l’AFSSAPS, Dominique Maraninchi : « C’est vrai, après l’affaire du Médiator, pas un membre des deux commissions ne m’a proposé de démissionner, ce qui est un peu surprenant. On verra pour la suite, mais de mon point de vue, il y a trop de membres dans ces commissions, qui plus est ils restent en poste trop longtemps: la durée de six ans me parait un maximum ».