Il est indubitable que les gens ont de moins en moins confiance en la science dont ils se méfient (en grande partie parce qu’ils ne la connaissent pas) et de plus en plus confiance aux croyances qui n’exigent aucune preuve et seulement la foi en leur efficacité. Cette tournure d’esprit explique le succès des médecines dites alternatives comme il existe des vérités alternatives ou médecines parallèles, comme parallèles à la science. Et quand le gourou est un scientifique, il n’y aucune raison de ne pas croire à son discours.
Après avoir beaucoup cherché, notre nouveau Premier ministre a promu à la recherche un ministre enfin débarrassé de cette encombrante nécessité de rechercher des preuves scientifiques pour agir, notamment dans le domaine médical, en privilégiant la croyance, ce qui simplifie nettement les processus de recherche et cette simplification tant attendue sera évidemment une source d’économie.
Cette perle rare est Mr Patrick Hetzel nommé, le samedi 21 septembre, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Ses antécédents le désignent pour ce poste. En dehors de sa croyance en l'homéopathie et autres pseudo médecines, il a défendu en 2020 le recours à l'hydroxychloroquine pour lutter contre la Covid-19 et notamment demandé à Emmanuel Macron que l'on utilise ce traitement sans attendre les résultats des essais cliniques :
"J’ai écrit au PR [Président de la République] pour que la Nation fasse confiance à ses médecins et autorise temporairement l’utilisation de l'hydroxychloroquine, de l'azithromycine et du Zinc dans le traitement précoce du COVID et ceci jusqu'à ce que soient connus les résultats des essais cliniques en cours" (tweet du le 2 avril 2020). Notons qu’il sous-entend dans ce gazouillis que tous les médecins étaient persuadés de l’efficacité de l’hydroxychloroquine, ce qui n’était pas le cas pour la plupart de ceux qui l’avaient déjà utilisé. Mais à sa décharge, avril 2020 était une période où le monde était affolé par l’ampleur de la pandémie et les vaccins n’étaient pas encore arrivés.
Son opposition au mariage pour tous, à la constitutionnalisation de l'IVG, à la PMA pour les couples de femmes et les femmes seules sont des opinions qui ne regardent que lui, mais qui dénotent un conservatisme sociétal dont on espère qu'il ne s'étendra pas à l'innovation scientifique. Proposer un traitement sans attendre les preuves de son efficacité, et dont les effets secondaires auraient été responsables d’une surmortalité alors que son inefficacité avait été rapidement constatée dès cette époque par presque toutes les équipes qui l’avaient utilisé, c’est faire preuve d’un esprit scientifique qui le désigne tout droit pour un ministère chargé de la recherche dans un gouvernement équilibré où on a mis un médecin à l’Education nationale dont la compétence dans ce domaine passe par sa famille.