2 Février 2024
J’ai été stupéfait d’entendre Gabriel Attal dans son discours de politique générale projeter d’envoyer un "émissaire" dans les pays étrangers pour débaucher des médecins ! On ne sait pas quels pays étrangers vont être prospectés, mais les candidats pour s’expatrier viendront probablement de pays où les conditions d’exercice sont moins favorables qu’en France et il y a fort à parier qu’il s’agira plutôt de pays africains ou du Moyen Orient. Ce projet a quelque chose de honteux. D’abord la France s'est montré ainsi incapable de former ses propres médecins en nombre suffisant, alors que pendant un demi-siècle elle a tout fait pour en avoir moins en dressant des obstacles afin de rejeter les étudiants en médecine pendant les premières années d’étude. (numerus clausus instauré dans les années 1970) Au point que nombre d’entre eux ont été obligés de s’expatrier dans un autre pays européen, en particulier en Belgique et en Roumanie, pour devenir médecin. De nombreuses vocations ont été ainsi découragées, et aujourd’hui nous avons des déserts médicaux et des hôpitaux qui fonctionnent avec des étudiants et des médecins étrangers. Cette situation est l’aboutissement d’un aveuglement politique pendant des décennies. A la honte de ce constat d'imprévoyance, s’ajoute la honte de déclarer sans ambages que la France projette de priver de leurs médecins des pays qui en ont peut-être plus besoin que nous. J'ignore comment "l'émissaire" français procèdera en terre étrangère, mais je me demande s'il sera le bienvenu, et s’il n’a pas intérêt à venir masqué pour exécuter sa mission de débauchage. Une initiative-choc, choquante, dont on ignore si elle va être possible et efficace en attendant les effets de la levée récente du numerus clausus qui ne se feront sentir que dans quelques années.