Le but serait, en dehors de l’attractivité du sujet pour les lecteurs, de fournir à la population le nom des meilleurs médecins afin que les patients puissent les consulter, révélant en quelque sorte le secret qui ne serait détenu que par une élite, mis ainsi à la disposition de tous. C’est le côté social du Point. Il faut tout de même remarquer que si l’on veut à tout prix (et il est parfois élevé) consulter les experts primés par l’hebdomadaire, l’attente risque de retarder de façon préjudiciable le diagnostic et le traitement.
La méthodologie est largement exposée et incontestablement sérieuse, mais comporte malheureusement un biais géant. Qui dit expert, dit connaissances. Comment apprécier les connaissances d’un médecin sans lui faire passer un examen ? Le seul moyen trouvé par le journal est de juger de son degré d’expertise en se penchant sur ses publications, et sur la confiance qu’ont les autres médecins en elles lorsqu’ils les reprennent dans leurs propres publications. Il est vrai qu’un médecin qui publie est obligé (en principe) de lire des publications antérieures sur le même sujet et d’accroître ainsi ses connaissances.
Cependant cet unique critère implique que les médecins qui ne publient pas sont écartés alors qu’ils peuvent être excellents, et ce palmarès est théoriquement fait pour orienter les patients vers les meilleurs. On pourrait même dire que le temps consacré aux publications ampute celui consacré aux malades. Il n’est donc pas certain que le lecteur graphomane fait un bon médecin et que les médecins qui n’écrivent pas ne lisent pas. D’autant plus que les publications ont un autre objectif que d’accroître les connaissances : les crédits alloués à un centre sont également basés sur le nombre et la qualité des publications (leur acceptation par les grandes revues anglo-saxonnes en étant le critère).
Paradoxalement, le Pr Raoult (ancien chroniqueur du Point) en raison même de ses publications ne figure pas dans ce palmarès. Leur nombre extravagant jette un doute. Il en aurait signé 3500 en 40 ans, ce qui fait tout même une publication tous les 4 jours. L’institut dont il était directeur s’est révélé « une machine à publier. Entre 2012 et 2021 l'institut marseillais a produit pas moins de 6 790 articles scientifiques, soit 679 par an en moyenne. Une véritable course à la publication qui cache une stratégie bien rodée pour collecter un maximum de points Sigaps. » (Système d’interrogation, de gestion et d’analyse des publications scientifiques) (Le Point). Certains articles auraient été un peu manipulés ou effectués avec une méthodologie peu rigoureuse. En outre, le Pr Raoult a réalisé des études en ne respectant pas les règles qui doivent être obligatoirement appliquées quand elles portent sur l’être humain.
Ce dernier constat montre encore la fragilité du critère utilisé par Le Point pour établir son palmarès.