C’est une névrose dangereuse puisqu’elle entraine le sujet atteint à risquer sa vie et celle des autres. On pourrait la qualifier de démarche identitaire, c’est un rejet de toute pénétration artificielle dans son organisme (néanmoins acceptée et même demandée pour les autres soins médicaux), un rejet de tout ce qui pourrait atteindre son intégrité, amoindrir sa personne (crainte qui a poussé malheureusement les frères Bognanoff à ne pas se faire vacciner) ou la rendre dépendante.
Il faut admettre que provoquer une petite maladie par un agent pathogène modifié ou l’introduction dans l’organisme d’une de ses parties pour préparer l’organisme contre une maladie grave n’est pas une évidence. Il a fallu du temps pour que la majorité de la population en comprenne l’intérêt, et l’acceptation est le plus souvent passée par l’obligation. Cette phobie est devenue encore plus prégnante avec les vaccins nouveaux utilisant l’ARN messager.
Cet acide ribonucléique se forme à partir de la double hélice d’acide désoxyribonucléique (ADN) située dans le noyau de la cellule et porteur de la programmation génétique. L’ARNm est une séquence copiée (transcrite) à partir du génome et constitue un code pour synthétiser une protéine (selon l’agencement des quatre bases portées par les gènes : guanine, cytosine, adénine, thymine, celle-ci étant remplacée par l’uracile dans l’ARN). Et comme un messager, il va livrer ce plan dans le cytoplasme où se situent les usines (ribosomes) capables d’agencer les acides aminés constitutifs de la protéine selon le code livré.
Le vaccin, lui, utilise un ARN messager (plus facile à produire que le procédé des vaccins classiques) portant le plan de fabrication d’une protéine de la région d’accrochage du virus (spike) et les usines cytoplasmiques, à qui est livré (par injection intramusculaire, redoutée par certaines personnes) ce modèle issu d’un laboratoire, vont bêtement la fabriquer. Mais cette protéine synthétisée à l’aide d’un plan étranger provoque la mise en branle du système immunitaire. Ce dernier va « s’entrainer » et s’équiper pour pouvoir se défendre contre l’intrus viral s’il est porteur de l’élément étranger pour lequel il s’est préparé.
On comprend donc que cette phobie anti-vaccinale ait pu être amplifiée par ce procédé nouveau (très astucieux au demeurant), et que l’on ait parlé de manipulation génétique. Or l’ARN messager ne pénètre pas dans le noyau, ni dans l’ADN, il reste peu dans le cytoplasme, et s’autodétruit rapidement (comme les ARN messagers autochtones) après avoir servi de leurre. Les ultra-phobiques ont été jusqu’à dire que cet ARN messager artificiel pouvait être porteur d’une puce assurant la domination du vacciné.
La vaccinophobie est difficile à traiter, elle touche même les médecins pourtant les mieux placés pour juger de l’intérêt de la vaccination. Elle ne dépend pas de l’intelligence ou de la formation scientifique, mais de la croyance et/ou de l’attachement à son intégrité, soit par idéologie, soit par peur