Dans la seconde moitié du Moyen Age, en Europe, l’Eglise, qui s'était jusqu'alors opposée aux autopsies, admit la nécessité d’une connaissance de l’anatomie humaine. La dissection des corps humains fût permise à titre exceptionnel et selon un cérémonial. On se servait des criminels exécutés qui bénéficiaient alors de rites religieux et d’indulgences. Des officiels étaient invités, la bulle papale concernant la dissection était lue au préalable, la tête du sujet, siège présumé de l’âme, était souvent enlevée. La dissection commençait après une prière. Le cadavre était ouvert par un serviteur, le médecin ne le touchait pas et placé en hauteur et à distance, lisait à haute voix un passage de Galien en montrant avec une baguette les structures mentionnés dans le texte. Si texte et structures ne concordaient pas, on allait jusqu’à dire que Galien avait raison mais que l’homme avait changé depuis le IIe siècle. La dissection se terminait par un banquet, un concert ou une représentation théâtrale. Cette cérémonie durait au moins deux jours.
Chacun a pu constater que l’autopsie est devenue un spectacle télévisuel habituel où un médecin légiste, souvent une femme dont la beauté contraste avec l’environnement, mais quand c’est un homme, il s’agit assez régulièrement d’un clown sans doute chargé de détendre l’atmosphère par ses saillies.
Il semble que ce spectacle mortuaire réservé in vivo, si j’ose dire, au corps médical tente de sortir de la télévision pour s’offrir aux amateurs comme dans la seconde moitié du Moyen Âge, mais contre « espèces sonnantes et trébuchantes ». A Portland dans l’Oregon, 70 Américains ont déboursé 500 dollars pour assister le 17 octobre dernier à l’autopsie d’un homme de 98 ans, décédé de la Covid-19, effectuée par un médecin légiste retraité dans la salle de réception d’un grand hôtel. Après le prélèvement des organes dûment commenté, le public fut autorisé à enfiler des gants chirurgicaux et à manipuler le cadavre.
C’est l’organisme « Death Science » qui avait mis sur pieds l’événement en annonçant : “une autopsie médico-légale sur un cadavre complet", une “dissection anatomique qui offrira un regard unique sur ce qui se trouve sous notre peau, dans notre corps et comment tout cela fonctionne ensemble”. Et pour mettre en appétit les amateurs, le programme promettait enfin un “accès au cadavre avant, après et pendant les pauses. Ce qui fut fait. Le corps avait été légué à la science et la famille ignorait son exhibition posthume.