Je trouve qu’Etienne Klein en parlant de populisme scientifique utilise le terme adéquat pour définir ce que l’on observe de plus en plus dans les rapports entre la science et la population, mais aussi entre la science et les autorités. Ce populisme a été magistralement illustré par Didier Raoult qui a quitté sa fonction de médecin et de chercheur pour devenir le gourou d’une fraction de la population qui croit à son discours sans pouvoir et même vouloir juger de sa véracité, insensible à ses contradictions et à ses affirmations péremptoires sans preuves réelles. On peut vraiment parler de populisme lorsque ce scientifique de renom aux allures de rebelle a déclaré en substance que ceux qui n’étaient pas de son avis étaient corrompus. Comme le dit François Lenglet : « qui aurait pu croire un jour qu’un médecin se prévaudrait du soutien populaire pour justifier ses travaux et ses méthodes, comme un conseiller général en pleine campagne électorale ? Mais on assiste surtout à un populisme scientifique de la part des gouvernants qui ont demandé à plusieurs reprises aux citoyens, parce qu’ils étaient dans l’embarras, leur avis et même de trancher sur des questions scientifiques dont le citoyen convoqué, mais a priori sans formation scientifique, n’avait aucune connaissance. On peut dire qu’Emmanuel Macron a tendance à abuser de cette opération de communication populiste dans un domaine où la vérité ne surgit pas de la majorité. Ce sera le cas pour la future vaccination contre le SARS-Cov-2, comme ce fut le cas pour la lutte contre le réchauffement climatique où la convention citoyenne réunie pour l’occasion n’a sans doute fait que recracher les avis des experts chargés d'éclairer les participants. Si pour se débarrasser d’un problème le plus simple est de créer une commission, pour paraître démocratique, le plus simple est de créer un collectif de citoyens, la forme soft du populisme : flatter le peuple sans pour autant suivre ses avis, ce qui est préférable lorsqu’il s’agit de questions scientifiques, mais ce qui n’empêchera pas une fraction de la population d’avoir des convictions inébranlables sur elles.