« Improvisation » est le terme qui revient le plus fréquemment dans le discours des politiques de l’opposition et dans celui des commentateurs de l’actualité. Chaque décision du gouvernement pour tenter de contrôler l’épidémie est jugée comme mal communiquée, incohérente, erratique, donc improvisée. Ces critiques, souvent ironiques, aimeraient donc que les autorités aient une stratégie claire, parfaitement planifiée et stable pour lutter contre un ennemi invisible, imprévisible et qui se répand dans l’air entre les individus dont les comportements sont eux-mêmes imprévisibles et illogiques. Les accusateurs pensent que l’on peut planifier la lutte contre une épidémie comme on peut planifier dans le temps la construction d’un barrage ou tout autre événement dont on connaît tous les paramètres à l’avance. Curieuse illusion. Entendons-nous, la conduite du gouvernement dans cette crise sanitaire est loin d’être irréprochable et les incohérences ne manquent pas, mais le procès qui lui est fait « d’improvisation » est à mon avis injuste. On pourrait aussi le faire à bien d’autres gouvernements confrontés au même problème. Il faut tout de même savoir que l’improvisation en médecine est courante et même nécessaire. Un médecin qui n’improvise pas dans la conduite de ses actes thérapeutiques et ne les adaptent pas peut devenir criminel. Face à une maladie, rien n’est donné, rien n’est certain, et si l’on s’efforce d’avoir des protocoles pour chaque cas, on sait aussi que chaque malade peut réagir différemment au protocole prédéterminé qui lui est appliqué. Que dirait-on d’un médecin s’il n’arrêtait pas ou ne modifiait pas un traitement mal toléré ou n’ajouterait pas un autre traitement pour améliorer la tolérance du premier ? La COVID-19 est une maladie qui était inconnue et dont on ne possède aucun traitement spécifique, comment éviter l’improvisation pour tenter de la contrôler ? On voit des commentateurs, souvent non médecins, qui semblent posséder des solutions à la crise actuelle (parfois inapplicables dans la réalité), et au lieu de serrer les rangs, cherchent à en tirer un avantage politique. Ils s’improvisent donneurs de leçon en regrettant que telle ou telle décision n’ait pas été prise antérieurement mais en général sans l’avoir proposée au moment il aurait fallu le faire. Ces discours marqués du sceau du « yaka », et en particulier ceux des mélenchonistes, à qui je ne confierais sûrement pas ma peau, finissent par devenir irritants.
Une chaîne TV d'information continue fête son millième épidémiologiste