Je m’étonnais de ne plus entendre le Pr Raoult. Il vient de réapparaître dans une interview accordée aujourd’hui à Cnews, interview que je n’ai pas vue ou entendue et dont je n’ai lu que des extraits dans la presse. Je dois au préalable dire que je ne connais probablement pas le centième de ce qu’il sait sur les maladies infectieuses, ce domaine étant loin de ma spécialité. Ses points de vue étant originaux, il n’est pas inutile d’en prendre connaissance.
Comme Trump, dont on s’est beaucoup moqué, il attribue lui aussi l’augmentation du nombre de contaminations à la pratique accrue des tests de dépistage. Ce n’est pas illogique, et pour une fois le président américain ne méritait pas les ricanements lorsqu’il avait déclaré la même chose. Toutefois, avec le temps et une épidémie persistante, il est probable que le nombre de contaminés augmentent sans que la diffusion des tests en soit la cause. Il ne faut pas accuser le thermomètre de donner de la fièvre.
Notre professeur au cours de l’interview sort une banalité : “Plus on s'affole, moins on soigne bien”. Mais suivez mon regard : “On n’organise pas de lutte en ayant peur”…“Il faut enlever ceux qui ont peur et mettre ceux qui ont du courage devant”. Je ne vois pas très bien ce qu’il a voulu dire. Que veut dire « courage » pour un médecin en dehors d’aller porter secours à un blessé sous la mitraille ou de soigner des infectés comme l’ont fait les soignants en pleine épidémie. Quand il s’agit de prendre des décisions préventives et/ou thérapeutiques (ce que semble sous-entendre Raoult), le médecin ne prend aucun risque, c’est le malade qui en prend puisqu’il subit les conséquences d’une mauvaise décision. Paroles aussi verbales que vainement critiques. Pour les politiques, le courage est d'appliquer, dans l'incertitude, une bonne décision alors qu'elle est impopulaire.
Il note que « dans les cas qu’on trouve, on est en train de regarder, entre ceux qu'on trouve maintenant et ceux que l'on trouvait en février ou en mars, ce n'est plus la même maladie”…Il s’agirait désormais de formes “très bénignes”…“sans troubles de la coagulation”.
Ce n’est plus la même maladie ? Je ne peux en juger (c'est possible en cas de mutation du virus), mais ce n’est peut-être plus la même population qui se contamine, peut-être est-elle plus jeune et les jeunes ont toujours fait pour la plupart des formes bénignes ou asymptomatiques.
Puisque la maladie est devenue – à ses yeux – bénigne, on comprend qu’il ne soit guère formel sur l’utilisation de masques : “Si les masques peuvent rassurer c'est une chose, mais je suis inquiet qu'on fasse une fixation trop importante dessus, parce que maintenant c'est les gens qui vont vouloir faire la loi”. Aussi est-il partisan de la recommandation plutôt que de l’obligation. Il donne au masque un intérêt comme signal, celui qu'“il y a une maladie contagieuse qui circule”, mais il nous accorde toutefois que le masque joue un rôle physique de protection.
Mais professeur, si vous recommandez, cela veut dire que l’on peut aussi se dispenser de la recommandation, et que des contaminés, surtout s’ils sont asymptomatiques, continueront à diffuser le virus et peut-être à tuer. Vous avez dit vous-même devant la commission parlementaire que plus l’on parle, plus on risque de dire des bêtises. Vous auriez mieux fait de vous taire plutôt que d’envoyer un tel message qui va conforter les réfractaires au masque. Je ne vous dis pas merci.