Ceruti, Giacomo, dit il Pitocchetto ; 1691–1768 "Nature morte au coq mort"
J’aime bien le coq au vin. J’ose espérer que le coq dans mon assiette n’a pas été abattu en raison de son chant un peu trop matinal mais pour être consommé. Ce qui compte c’est pourquoi l’on meurt, car il est scandaleux de mourir pour avoir chanté et tout à fait normal pour être mangé. Ce qui compte aussi c’est la façon de donner la mort, car tuer par un coup de feu est autrement plus répréhensible que d'égorger.
Aussi je pense pouvoir manger mon coq en toute tranquillité sans déclencher une salve de protestations et des milliers de protestataires apposant leur signature au bas d’une pétition réclamant justice pour mon coq marinant dans du vin.
Peut-on parler ici de discrimination ? Pourquoi demander justice pour l’un et pas pour l’autre ?
En mai dans le village de Vinzieux, un coq prénommé Marcel fut tué d’un coup de feu par un voisin exaspéré par ses chants. Et voilà que plus de 75000 personnes au 17/08/20 ont signé une pétition (cliquez ici pour voir cette pétition) lancée par le propriétaire du coq mort au chant d’honneur, dénonçant « un acte barbare » et réclamant « justice pour le coq Marcel ». Un habitant de la commune ardéchoise de 450 âmes a déclaré, ému, “Nous avons été profondément choqués par ce drame”. Signalons que le tueur de gallinacé insensible au côté patrimonial sonore du chant du coq a reconnu les faits et sera jugé début décembre par le tribunal de Privas.
Ne disons plus que les autorités se désintéressent de la ruralité : « Le conflit autour du coq Maurice avait incité l’Assemblée nationale à voter en janvier une proposition de loi introduisant la notion de “patrimoine sensoriel” des campagnes dans le droit français. Elle doit prochainement être présentée aux sénateurs ».
Le sensoriel de mon coq au vin est incontestable, mais est-il recommandé de manger son patrimoine ?