J’ai assisté à une bonne partie de la prestation de Didier Raoult devant la commission parlementaire sur la gestion de la crise sanitaire, que je trouve d’ailleurs prématurée car elle n’est pas terminée. C’était plutôt amusant, non pas à cause du sujet qui ne prête pas à rire, mais du personnage interrogé. Il m’a semblé :
- Que Raoult crache tout de même dans la soupe. Le moins que l’on puisse dire est qu’il n’a pas été tendre pour les autorités médicales alors que celles-ci n’ont pas été avares dans le passé en subventions pour la création de son institut. Le présenter comme un rebelle, quasiment un « gilet jaune », contre les "mandarins" et l’élite, dont il a dit lui-même, en riant, qu’il en faisait partie, est une plaisanterie (interview de Pujadas).
- Que le plus souvent il n’a pas répondu aux questions lorsqu’elles étaient précises en se perdant dans des digressions verbeuses (dont la remarque savoureuse dans sa bouche : "quand on parle trop, on risque de dire des bêtises") qui aboutissaient presque toujours à lui et ce qu’il avait fait. Notamment pour ce qui concerne les études sur l’efficacité du traitement qu’il a proposé. Critiquer la méthodologie par randomisation pour évaluer les traitements est licite. Dire que l’on utilisait la méthode par comparaison et que la plupart des découvertes ont été faites de cette façon est vrai. Par contre il n'hésite pas à comparer la mortalité de la région marseillaise avec celle de la région parisienne, en avançant des chiffres très discutables, comme argument à l’appui de sa thérapeutique et il affirme avec aplomb des choses fausses. Comparer ce qui n'est pas comparable et taire les comparaisons et les études lorsqu'elles sont moins flatteuses pour son protocole est à la limite de l'honnêteté.
- Qu’il est méprisant à l’égard des autres, les traitant : certains d’incompétents et d’autres de corrompus, sans la moindre preuve.
- Qu’il est prétentieux : il a raison, les autres ont tort ou ne savent pas. Un petit exemple de sa prétention : racontant l’anecdote, bien connue par ceux qui s’intéressent à l’histoire ou à la médecine (voir 46), de Louis XIV prenant du quinquina (à l’origine de la quinine et de la chloroquine) contre la fièvre, puis imité par la Cour, Raoult a précédé son récit par un « vous ne le savez peut-être pas, mais… ». Il est fort possible que cette historiette fût ignorée des parlementaires, mais pourquoi faire une remarque sur leur éventuelle ignorance ?
Le mépris mégalomaniaque à l'égard de ceux qui sont en désaccord avec ses positions, et les approximations de Didier Raoult, noient dans son verbiage, que ses partisans (dont Bigard, ce qui devrait l'inquiéter) qualifient de truculence, ce qu'il apporte de vrai ou d'intéressant.