Dans les années 80 du siècle dernier, il était imposé aux médecins de ne rechercher l’infection par le virus du Sida chez un patient qu’avec son autorisation afin de ne pas stigmatiser les homosexuels, alors que la maladie était à l’époque toujours mortelle. Le ministère de la Santé s’était passé de l’avis des médecins qui le plus souvent passaient outre ce principe politique et antiscientifique afin de protéger le personnel de santé d’une éventuelle contamination par le sang.
Récemment, c’est aux députés de l’Assemblée nationale que fut demandé de décider si les homosexuels masculins, population la plus menacée et la plus atteinte par le VIH, pouvaient donner ou non leur sang sans restriction. Leur décision fut prudente bien que prise par des personnes qui – a priori – ne connaissaient rien à la question. On ne voit vraiment pas pourquoi cette décision devait être débattue à l’Assemblée nationale alors qu’il s’agit d’un problème purement médical dont la solution est du domaine, non des politiques, mais des responsables des banques de sang, des infectiologues ou de l’Académie nationale de médecine et sans nécessité d'une loi mais d'un simple règlement de fonctionnement des banques de sang.
A trois reprises les juges ont admis que les vaccins pouvaient entraîner l’apparition de maladies alors qu’aucune étude sérieuse n’a permis jusqu’à présent d’établir une relation de cause à effet entre une vaccination et l’apparition ultérieure d’une maladie.
Ce fut le cas en décembre 2017 où la cour administrative d’appel de Nantes a condamné l’Etat à verser une indemnité de plus de 190000 € à une secrétaire médicale qui, obligée de se vacciner contre l’hépatite B, avait développé par la suite une atteinte musculaire (myofasciite à macrophages).
En janvier 2018, à Bordeaux ce fut le tour du laboratoire Sanofi d’être tenu pour responsable de l’apparition d’une sclérose en plaques d’un homme vacciné contre l’hépatite B en 1996.
La cour d’appel de Montpellier, en mars 2018, a condamné l’armée française à verser une pension à un ancien militaire atteint d’une sclérose en plaques 16 mois après une vaccination, en 2005, contre la fièvre jaune.
On se demande évidemment sur quoi s’appuient les juges pour établir des liens de causalité entre deux évènements alors que les scientifiques ont été jusqu’à présent incapables de les établir. Ce qui ne veut pas dire que l’on peut affirmer avec certitude qu’ils n’existent pas, mais la preuve n’en a pas été apportée jusqu’à présent. Les juges sont en avance, ils écartent toute possibilité de coïncidence, il suffit que deux événements de nature semblable (médicale en l’occurrence) se succèdent pour établir une relation de cause à effet entre le premier et le second.
La causalité juridique n’a donc rien à voir avec la causalité scientifique mais s’avère avoir la priorité dans les faits. De tels jugements ne sont évidemment pas sans conséquence sur l’adhésion de la population à la vaccination. Remarquons qu’il est étonnant qu’il n’y ait pas plus de procédures judiciaires étant donné le nombre de vaccinés et la probabilité de survenue chez certains d'entre eux d’une maladie quelconque dans la période post-vaccinale.
Illustration : Gaston Mélingue « Le Dr Edward Jenner réalisant la première vaccination » (le 14 mai 1796)