Lors de son meeting à Nevers, Emmanuel Macron a développé son programme pour la santé (en parlant de « révolution culturelle »[1]) devant un millier de personnes qui semblaient enthousiastes à la fin de sa prestation.
Bien sûr, beaucoup de généralités et aucune nouveauté sur l’hôpital, les maisons de santé pluridisciplinaires déjà nombreuses (qui ressemblent aux « dispensaires » de jadis), et sur le développement de la télémédecine. Cependant l’ouverture du numérus clausus est envisagé, ce qui évitera peut-être aux jeunes Français de faire leurs études de médecine en Roumanie ou en Belgique, et d’avoir des médecins roumains dans nos campagnes.
Bien sûr, comme tous les politiques, Macron attend l’essentiel des économies de la prévention, car parallèlement les soins et même les petits seront mieux remboursés, ce qui va tout de même agrandir le trou bien connu.
La prévention reste la « tarte à la crème » préférée des politiques en matière de santé (voir «160. La prévention est-elle source d’économies ? »), la rémunération des médecins devant être en partie basée sur un mécanisme qui existe déjà la ROSP (voir 215. ROSP). La prévention est pleinement efficace (c’est à dire en empêchant l’éclosion de maladies) par les vaccinations, et le serait par l’arrêt des intoxications volontaires notamment par l’alcool et le tabac, l’un et l’autre grands pourvoyeurs de maladies mortelles. Jusqu’à présent tous les gouvernements ont plus ou moins échoué pour le tabac et l’alcool.
Si Macron ne trouve rien d’original en préconisant une vie plus saine pour les Français, il le devient en proposant un service sanitaire de trois mois pour tous les étudiants en santé (40000 estime-t-il) qui iraient dans les écoles prêcher la bonne parole, et ambitionne ainsi de voir se lever la première génération sans tabac (on peut toujours rêver). La bonne parole serait également diffusée dans les quartiers défavorisés (je me suis toujours demandé en quoi) où circulent cependant d’autres drogues que le tabac, et même dans les Ehpad. J’avoue que la prévention ciblant les vieillards dépendants me laisse perplexe.
J’ai toutefois relevé deux propositions intéressantes :
- L’évaluation de la généralisation du 1/3 payant. Sur quoi Marisol Touraine, en bonne camarade, n’a pas manqué d’ironiser dans un tweet (véhicule privilégié de la politique) en déclarant que la chose avait déjà été évaluée puisque 73% de Français seraient pour. Notre ministre de la santé confond hardiment sondage et évaluation. Il est même étonnant que 100% des Français n’aient pas répondu qu’ils préfèrent ne rien payer en allant consulter un médecin. Evaluer l’impact de cette mesure, ce n’est pas faire un sondage chez les bénéficiaires, c’est, entre autres, évaluer son fonctionnement, l’éventuelle augmentation du nombre de consultations[2], son coût, le temps consacré aussi bien par l’assurance maladie que par les médecins (qui passent des heures à vérifier les comptes et s’aperçoivent qu’ils ne sont pas toujours rémunérés pour leur travail).
- Une mesure proposée par Macron pourrait être une source incontestable d’économie : la généralisation de la vente à l’unité des médicaments (qui se fait dans d’autres pays). Que chacun ouvre sa pharmacie, il y verra de nombreuses boîtes de médicaments comprenant de nombreux comprimés non utilisés. Ce gâchis n’est pas sans intéresser les laboratoires pharmaceutiques.
[1] « Il faut conduire une vraie révolution culturelle dans la santé. Nous nous appuierons davantage sur les personnels de santé et les patients. Il faut favoriser les initiatives de terrains plutôt que les décisions uniformes venant d'en haut, pour avancer en donnant du sens, il faut des mesures de long terme. »
[2] Dans ma pratique j’ai rencontré quelques patients bénéficiant de la CMU et qui ne payaient donc pas leur consultation, venir me voir sans nécessité aucune.