La ROSP est le charmant acronyme de « Rémunération sur Objectifs de Santé Publique ». Cette petite usine à gaz destinée aux médecins libéraux a été mise en place en France dans le cadre de la Convention de 2011.
L’un de ses objectifs est l’amélioration du dépistage et de la prise en charge des maladies chroniques. L’idée est d’améliorer la qualité des soins en rémunérant les médecins pour les inciter à suivre des objectifs fixés visant à réduire les facteurs de risque d’accidents aigus comme l’infarctus du myocarde ou les accidents vasculaires cérébraux, ou encore pour permettre d’améliorer le dépistage des cancers et des maladies chroniques. Les indicateurs du ROSP étant au nombre de 29.
Je ne connais pas la ROSP de l’intérieur puisque lorsque j’exerçais en libéral ce bel édifice n’existait pas encore. Mais je pense qu’il m’aurait mis mal à l’aise. Pourquoi devrait-t-on me récompenser comme un gamin en me donnant de belles images pour avoir été sage ? Pourquoi ne me fait-on pas confiance pour exercer mon métier correctement ? Tous ces objectifs que l’on prétend m’imposer sont tout simplement ceux de mon métier.
Bien sûr cela permet de ne pas augmenter le tarif des honoraires, remarquable par sa stabilité, en ajoutant de cette façon un peu de beurre dans les épinards et faire patienter les médecins plus ou moins infantilisés, mais sûrement anesthésiés par davantage de paperasse à remplir.
Je n’ai jamais été persuadé de l’efficacité de la prévention de masse (voir 160. La prévention est-elle source d’économie ?), mais la ROSP sera-t-elle efficace en dehors du bakchich accordé aux praticiens ?
Ce système existe depuis plus longtemps dans d’autres pays et notamment au Royaume-Uni où le QOF (Quality and Outcomes Framework) a été introduit en 2004. Le programme britannique de paiement à la performance est le plus développé au monde et porte sur plus de 100 indicateurs.
Le Lancet publie les résultats (rapportés par le JIM) d’une étude réalisée au Royaume-Uni pour vérifier à distance l’efficacité du système pour ce qui concerne la mortalité. La comparaison a été faite avec des pays de niveau économique équivalent mais où le système de paiement à la performance n’existe pas.
L’étude concerne la mortalité en lien avec les cardiopathies ischémiques, l’hypertension, les accidents vasculaires cérébraux, le diabète, l’insuffisance rénale, l’asthme, la bronchopathie chronique obstructive, toutes ces maladies étant ciblées par le programme britannique.
5,86 milliards de livres (près de 8 milliards d’euro) ont été investis dans le QOF au cours des 7 premières années de fonctionnement.
Le résultat sur investissement est plutôt décevant : modeste réduction de la mortalité, non significative, pour les pathologies concernées : réduction de 4 décès tous critères confondus, pour 100 000 personnes. Les 4 personnes sauvées sont sans doute heureuses d’avoir bénéficié du programme…mais le rapport qualité/prix laisse tout de même à désirer.