Scènes de la vie parisienne
Aujourd’hui, par ce bel après-midi d’avril, je me suis rendu dans un square où j’ai l’habitude de venir lire. En ce moment, je lis « Risibles amours » de Milan Kundera, nouvelles où l’écrivain donne libre cours à son ironie et à son esprit désabusé.
Par une coïncidence improbable, est venu s’assoir un couple sur le banc que j’occupais seul. L’improbabilité vient du fait qu’il s’agissait d’un couple de jeunes hommes qui, dès qu’ils furent assis à mes côtés, se mirent à s’embrasser à bouches décousues, l’un d’eux mettant les jambes de l’autre sur les siennes, et je craignais pour ma sérénité qu’ils passent à un stade plus avancé de leurs ébats. Mais ces préalables ayant aiguisé leur appétit, ils se levèrent soudain pour se rendre sans doute dans un lieu plus adapté pour exprimer leurs amours irrésistibles mais qui n’ont rien de risibles.
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Après leur départ précipité, s’est assis sur le banc voisin un couple également improbable. Cette fois il s’agissait de deux femmes, parfaitement chastes (du moins, je le suppose). L’une avec une chevelure abondante et flamboyante, d’un rose indien que je n’avais jamais eu l’occasion de voir, et l’autre, au contraire, les cheveux invisibles, recouverts d’un voile blanc en forme d’hijab. Je n’ai pas déterminé si cette dernière, d’origine africaine, était une sœur ou une musulmane. S’il s’agissait d’une religieuse chrétienne, ramenée ou non d’Afrique par le pape Léon XIV, voulait-elle convaincre son amie à plus de réserve capillaire ? S’il s’agissait d’une musulmane faisait-elle un transfert capillaire sur sa compagne pour atténuer sa frustration de devoir recouvrir sa chevelure qui selon toute probabilité n’avait rien de flamboyant ?
On rencontre de drôles de gens en fréquentant les squares.