555. Question médicale ou politique ?
Un colloque universitaire sur l’enfance, intitulé « L’enfant, cible des idéologies » qui devait se tenir le 22 juin a perdu son parrainage gouvernemental (par le cabinet de Sarah El Haïry) et son lieu d’accueil au Collège de France. Son programme consacrait, sur une dizaine interventions, deux interventions aux mineurs souffrant de dysphorie de genre et elles ont été jugées « suspectes » par absence de neutralité. L’une était consacrée aux témoignages de jeunes ayant fait une transition de genre avant de faire marche arrière – les « détransitionneurs » –, l’autre à la question de la dysphorie de genre chez les mineurs.
Suspectes de quoi ? de transphobie, bien sûr. Discuter des bienfaits ou des méfaits du blocage de la puberté par des hormones chez des enfants visant à améliorer leur santé mentale, discuter de la balance risque/bénéfice d’un traitement comme dans toute pathologie seraient considérés comme suspects. Bien sûr, on peut affirmer par idéologie que la dysphorie du genre n’est pas une pathologie mais une erreur de la nature qui a mis une femme dans le corps d’un homme ou inversement, même dans ce cas il faut bien admettre que cette incongruence n’est pas normale, autrement dit pathologique.
Quant à l'absence de neutralité de deux interventions mise en avant par le gouvernement pour retirer son soutien à ce colloque n'a aucun sens car si l'on peut réclamer une neutralité entre deux idéologies, la neutralité en matière scientifique n'existe pas. La recherche d'une vérité scientifique, même provisoire, exige, non la neutralité, mais l'objectivité devant les faits, et la vérité scientifique elle-même, une fois acquise, n'est jamais neutre.
Il est certain que cette dysphorie du genre entraine des troubles pouvant aller jusqu’au suicide et un traitement médico-chirurgical peut s’avérer nécessaire, mais il est aussi nécessaire de se baser sur des études pour préciser les indications, les modalités du traitement et ses effets secondaires, surtout quand il est radical, et la prudence s’impose encore plus quand il s’agit d’enfants en pleine crise de l’adolescence.
Des spécialistes de l’enfance (Caroline Eliacheff et Céline Masson) partisans de cette prudence sont évidemment accusée de « transphobie ». Pourtant, ailleurs, on recule sur les transitions trop précoces. « En avril 2024, une revue indépendante commandée par le système de santé britannique (le Cass Review, entériné ensuite par le gouvernement travailliste) a conclu que les preuves scientifiques sur ces traitements chez les mineurs étaient « remarquablement faibles ». La Suède, la Finlande, la Norvège ont depuis restreint ou suspendu ces prescriptions…Le 4 avril dernier, une étude finlandaise portant sur 2 000 jeunes suivis pendant vingt-cinq ans concluait que les transitions médicales n’avaient pas amélioré la santé mentale des adolescents concernés – et avaient même, pour certains, aggravé leur état ». En France, ces personnes qui veulent rester dans le domaine scientifique et non dans celui de l’idéologie sont régulièrement traitées de réactionnaires voire d’extrême droite, ce qui pourrait laisser penser que si l’extrême droite n’est guère favorable aux transgenres, la gauche, elle, peut être favorable à la connerie.
(Les références mentionnées sont tirées du Point)