Elue en mai députée du Parlement de Londres, Philippa Whitford, chirurgienne de profession et porte-parole pour la Santé du parti national écossais SNP, a déclaré sans ambages à ses collègues :
« Je ne vois pas grand monde devant les toilettes hommes ou femmes pour se laver les mains après les repas, il faut que nous ayons conscience de notre responsabilité dans la propagation des maladies car nous serrons tous les jours les mains de centaines de personnes ». (AFP)
Serrer les mains est, en effet, une des activités principales des politiques. Ils sont amenés à le faire quotidiennement avec leurs collègues, leurs collaborateurs ou leurs visiteurs, mais en période électorale, serrer les mains est pour eux une activité intensive effectuée à plein temps. C’est essentiellement pendant cette période que les politiques serrent les mains en rafale à de parfaits inconnus, et ils espèrent que plus ils serrent de mains plus ils auront d’électeurs.
Ils vont donc sur ce qu’ils appellent le « terrain » pour montrer qu’ils sont proches de leurs concitoyens. En fait, c’est une façon de s’exprimer méprisante ; le « terrain », c’est quoi ? Des champs peuplés de péquenots ? Des quartiers incertains ? Des chantiers salissants ? De la boue ? Du purin ? des ordures ? En fait, les politiques choisissent leur « terrain », mais ils parlent « d’aller sur le terrain » comme on va à la guerre, car c’est faire preuve de courage que de se mêler à la populace le plus souvent oubliée, et parfois mécontente sinon hostile.
Les chefs font une apparition fugace, très organisée et encadrée, pour retourner bien vite dans leurs palais, conduit par leur chauffeur attitré qui ne respectera pas les limitations de vitesse, tellement le maître est pressé de rentrer. Mais auparavant, le chef ne manque jamais de serrer quelques mains qui se tendent vers lui dans la foule pour montrer qu’il n’a pas peur du contact et même qu’il le recherche courageusement, alors que ses gardes du corps font mine de s’en inquiéter.
L’élu local est plus systématique. En période électorale, il devient convivial. Il fait du porte à porte et va surtout sur les marchés, là où il y a le plus de monde possible. Il épingle un sourire et serre les mains à la chaîne. Il échange quelques propos et quelques colonies de germes à pleine paume, qu’il ira transporter chez les voisins en vecteur bénévole. A la fin de la journée une flore semblable sera répartie entre tous les futurs électeurs leur faisant un point commun même s’ils ne votent pas pour le même candidat. Une flore heureusement anodine et commensale en l’absence d’épidémie.
Certes, les électeurs semblent apprécier cette convivialité et ce partage, mais ils auraient sans doute aimé qu’on leur laisse dans la paume autre chose que des germes et un peu de matières fécales anonymes.