Ce tableau d’Eugène Delacroix date de 1834 et est intitulé : « Femmes d’Alger dans leur appartement ». Il est exposé au musée du Louvre. Il s’agirait d’un harem.
Il a inspiré à Pablo Picasso une série de tableaux : « Les femmes d’Alger » dont celui-ci qui date de 1955.
Ce tableau, quelle que soit l’opinion que l’on peut avoir sur les œuvres de Picasso, mérite de toute façon notre plus profond respect.
Le 12 mai, il a été vendu à la maison de vente aux enchères Christie’s pour la somme de 179,4 millions de dollars (157,8 millions d'euros), un record historique absolu pour une œuvre d’art vendue aux enchères et qui n’ont duré que 11 minutes !
Chacun sait qu’il y a peu de matière à se mettre sous la dent dans les sculptures de Giacometti, et bien l’une d’entre elles, lors de la même séance, a été vendue pour 143,1 millions de dollars (125,8 millions d'euros). Là encore un record historique pour une sculpture.
La discordance entre l’objet et sa valeur estimée devient vertigineuse, et disons-le scandaleuse. Elle prouve simplement qu’il existe en ce monde des personnes suffisamment riches prêtes à dépenser des fortunes avec des motivations qui ne sont apparemment que celles du prestige, de la possession et de la compétition, en dehors de toute décence. Le goût de l’art n’a rien à voir avec cette pulsion du collectionneur et du « m’as-tu-vu ».
Mais peut-être ne s’agit-il que d’un investissement comme un autre, une façon de placer son argent en le rendant totalement improductif pour la société. Mais un placement plutôt intéressant car la dernière fois que ce Picasso avait été mis sur le marché, son prix était de 46,7 millions de dollars, et sa valeur a donc explosé en une quinzaine d’années, tout simplement parce qu’il y a désormais bien plus d’acheteurs potentiels pour s’aligner sur de tels montants.
Neil Irwin écrit à ce propos dans le New York Times (rapporté par Slate.fr) que selon certains économistes, « la distribution des richesses en haut de l’échelle est «fractale»: les revenus des 10% les plus riches augmentent, ceux des 1% les plus riches augmentent encore plus vite, ceux des 0,1% à un rythme encore plus soutenu, et ainsi de suite, comme les motifs de fractales se répétant à l’infini. Alors imaginez ce que ça donne sur les acheteurs potentiels d’un Picasso ou d’un Monet, c’est-à-dire les 0.001% des plus riches... ».
Une telle dérive est encore plus injustifiée (à mon avis) pour l’art contemporain, et si elle peut s’expliquer, elle n’en reste pas moins scandaleuse en apparaissant comme le symptôme caricatural des inégalités infondées.