« Je n’ai pas l’intention de refuser au hasard ce qui lui est dû : j’estime effectivement que les gens bien soignés bénéficient d’un heureux hasard, et ceux qui sont mal soignés d’un hasard malheureux. » Hippocrate (De l’Art).
Une patiente de 61 ans est décédée aux urgences de l’hôpital Cochin alors qu’elle avait été amenée par les pompiers pour une plaie du pied provoquée par une chute. Examinée ½ heure après son arrivée, la plaie étant considérée comme sans gravité, la patiente a été "installée en zone de surveillance, à proximité des soignants". Arrivée à 17h15, son décès a été constaté à 23h.
Le communiqué de l’hôpital indique que "les effectifs médicaux et paramédicaux étaient au complet". "L'activité du service d’accueil des urgences de l'Hôpital Cochin le samedi 15 février 2014 était dans la moyenne de celle observée ces dernières semaines".
Des médecins de l’Hôtel-Dieu ne sont pas de cet avis, et déclarent dans un communiqué que "le service d'urgences de Cochin était complètement saturé, comme le sont quotidiennement toutes les urgences parisiennes depuis la fermeture de l'Hôtel Dieu le 4 novembre 2013". Il est certain que la fermeture du service des urgences d’un hôpital parisien aussi central que l’Hôtel-Dieu n’a pas du améliorer le fonctionnement des autres services parisiens.
Examinée peu après son arrivée, la patiente n’a sans doute pas été soignée puisque qu’elle a été mise dans une « zone de surveillance », et qu’une simple plaie ne nécessite pas d’hospitalisation. Cette surveillance a été si attentive que le décès de la patiente a été constatée 5 heures environ après avoir été installée dans cette zone d’attente plus que de surveillance, puisqu’on ne sait pas à quelle heure précise elle est morte, et si une intervention de l’équipe médicale aurait pu éventuellement la sauver. Reste qu’attendre 5 heures pour recevoir des soins c’est long, et les attentes sont souvent plus longues. L’équipe soignante doit toujours faire un choix dans les priorités, et cette plaie du pied ne paraissait guère urgente et n’a sûrement pas été la cause du décès. Pas de chance, mourir alors que tout était à côté pour être éventuellement sauvée.
Cette triste histoire m’en rappelle quelques autres où les malades ont été plus chanceux.
J’ai vu arriver aux urgences de l’hôpital où je travaillais un monsieur portant sa valise et faire devant nous une mort subite provoquée par un infarctus du myocarde, il fut de suite réanimé et sortit quelque temps après de l’hôpital sa valise à la main.
Trois cardiologues de l’hôpital Broussais (à l’époque où celui-ci existait encore) se rendaient au bistrot du coin pour prendre un pot lorsqu’un homme s’écroule devant eux sur le trottoir, ils le réaniment dans le rue et il sortira sain et sauf de l’hôpital.
Je suivais un patient pour une maladie cardiaque, il venait me voir régulièrement, mais j’avais la hantise de sa venue. A chaque fois que j’ouvrais la porte de la salle d’attente, ce patient – qui se rendait à mon cabinet tranquillement à pied - faisait un malaise. Je connaissais l’origine de ce malaise : il s’agissait d’un trouble grave du rythme cardiaque, et la consultation se terminait régulièrement par une hospitalisation en urgence qui le sortait d’affaire. Je me suis toujours demandé si ce patient avait une chance particulière de déclencher sa tachycardie ventriculaire en ma présence ou si c’était ma présence qui la provoquait.