Et bien voilà, le nouveau « guide Michelin » des médecins est paru dans le magazine Capital de ce mois d’octobre où figurent les « 150 meilleurs médecins de France », c'est-à-dire ceux qui ont décroché cette année leur troisième bavette. Les "experts" ont-ils fait une enquête sur tous les médecins de France ? Bien sûr que non. Il s’agit en fait des services auxquels ces médecins appartiennent et dont ils endossent la réputation, même s’il est probable qu’ils contribuent à l’établir. La manie des classements est un bon filon pour les médias, et Capital en personnalisant ce palmarès a ainsi obtenu un bon titre accrocheur.
Car si l’on peut – à la rigueur – classer les services sur leur activité et leurs résultats, comment déterminer qu’un médecin est meilleur qu’un autre ? Ces médecins ayant obtenu leur troisième bavette sont des spécialistes et ne connaissent en fait qu’un domaine très restreint de la médecine, ils sont peut-être bons dans ce domaine, mais probablement médiocres dans tous les autres. Remarquons également que les mêmes protocoles et les mêmes recommandations sont appliqués par la plupart des médecins dans une spécialité donnée, ce qui rend leur classement artificiel. Cependant, certaines techniques invasives (comme les traitements appliqués à l’aide de sondes introduites à l’intérieur des vaisseaux) exigent une habileté et une expérience qui peuvent permettre de distinguer des médecins entre eux. Par ailleurs, certains disposent d’équipements particuliers, ce qui leur permet d’appliquer un traitement spécifique sans être pour autant les meilleurs.
Si l’on veut classer les médecins internistes qui se confrontent à l’ensemble des maladies, les critères de choix seraient bien difficiles à déterminer. Sur les diagnostics établis ? Il faudrait alors apprécier leur difficulté et comptabiliser les erreurs, en notant que les moyens (notamment ceux de l’imagerie médicale) pour aboutir à un diagnostic sont tels que la difficulté est plutôt de juger de l’opportunité ou non de déclencher leur avalanche. Sur les traitements proposés ? Ils obéissent en général à des protocoles communs. Sur les guérisons obtenues ? Mais ces dernières dépendent évidemment de la gravité des maladies traitées. Sur les connaissances ? Mais ce qui fait un bon médecin, ce n’est pas l’étendue des connaissances (qu’il est préférable d’avoir, bien que difficile à évaluer hors de la faculté) mais la façon de les appliquer. Sur leur contact avec les patients ? Elément qui semble négligé dans les palmarès de la médecine, mais là encore un médecin peut être apprécié par un patient et pas par un autre. Quant à la notoriété, c’est un critère bien fragile. Être connu n’est pas un gage de qualité, si c’est parfois le cas, elle ressort souvent d’une exposition médiatique ou même d’un phénomène de mode comme on l’a vu pour les médecins consultés préférentiellement par les gens du spectacle.
L’essentiel est de vendre du papier. Même si l’information n’a qu’une valeur limitée.
Les « 150 meilleurs médecins de France » ? Ce qui laisse penser que les autres ne sont peut-être pas bons. Jusqu’à présent le Conseil de l’ordre n’a fait aucun commentaire sur cette publication (la publicité individuelle étant en principe interdite sur le plan déontologique), probablement parce qu’elle n’en mérite aucun.