Dans « Les secrets du bonheur » en 2008, j’avais rapporté les travaux de David Lykken qui après avoir étudié des jumeaux monozygotes ayant évolué dans des milieux très différents, considérait que la moitié de notre aptitude au bonheur serait innée, liée à notre programmation génétique, inscrite dans notre ADN. Sans doute en partie par l’intermédiaire de la chimie du cerveau : sécrétion de dopamine en cas d’accomplissement personnel, d’opioïdes en cas de sensation agréable, de sérotonine pour l’humeur (sécrétion favorisée par la consommation de produits sucrés). C’est, non la sécrétion, mais la quantité secrétée qui importerait dans l’éclosion du bonheur (je pense que certaines béatitudes laissent penser qu’il existe un risque d’over dose).
Des chercheurs de l’Université de la Floride du Sud[1]ont été plus loin et auraient carrément découvert le gène du bonheur : le gène Maoa, codant pour la fabrication de la monoamine oxydase A, enzyme découpant des transmetteurs importants du système nerveux comme la sérotonine et la dopamine, ceux-ci contribuant à la sensation de bien-être (des antidépresseurs retardent leur élimination dans l’organisme)
Les chercheurs ont évalué l’effet des différentes versions (allèles) de ce gène par une analyse génétique chez 345 volontaires (193 femmes et 152 hommes) et mise en parallèle avec un questionnaire où ils devaient déclarer leur niveau de bonheur. C’est la variété du gène la moins active, donc préservant les neurotransmetteurs, qui contribuerait au bonheur et davantage encore si les deux chromosomes homologues (chacun transmis par l’un des parents) portent cette variété du gène.
La surprise de ce travail est que cette forme du gène ne bénéficie qu’aux femmes ! Et les auteurs se demandent si de hauts niveaux de testostérone ne supprimeraient pas son effet favorable. A noter que cet allèle du gène Maoa avait été surnommé le « gène du guerrier » source d’agressivité, également associé à l’alcoolisme et au comportement antisocial. Un gène qui a donc des effets opposés chez l’homme et chez la femme.
Cette étude suggère quelques remarques :
- Juger du bonheur ressenti dans le présent par un questionnaire me parait sujet à caution. Le bonheur étant souvent constaté de façon rétrospective.
- Les femmes sont plus souvent sujettes aux troubles de l’humeur et à l’anxiété, et sont plus grandes consommatrices de tranquillisants et d’antidépresseurs que les hommes (mais selon des enquêtes, elles se déclareraient plus heureuses qu’eux)
- Quand un même gène peut avoir des effets opposés selon le sexe, que devient la fameuse théorie du genre, où chacun peut choisir son sexe, théorie qui semble envahir la société, en commençant par l’école.
- Il va sans dire que le bonheur dépend de nombreux facteurs, non seulement extérieurs, mais également génétiques (pour l’aptitude) et si un gène joue son petit rôle, c’est probablement l’interaction entre de nombreux gènes qu’il faudrait considérer, ce qui est bigrement difficile.
[1] Etude publiée dans Progress in Neuro-Psychopharmacology & Biological Psychiatryet rapportée par Futura sciences