Sur le cholestérol 7 : omerta
Publié le 7 Janvier 2013
N’est-il pas dangereux d’abaisser trop le cholestérol ?
Peut-être. Dans certaines études il a été noté une augmentation de la mortalité lorsque le taux sanguin de cholestérol est bas. Cette constatation allant à l’encontre des notions admises, l’hypothèse formulée est celle d’une maladie latente responsable de la chute du cholestérol et de la mort ultérieure. Cette hypothèse est cohérente, d’autant plus que l’on ne voit pas comment un cholestérol bas pourrait être mortel (il ne l’est pas dans les populations qui ont spontanément un cholestérol bas). Pourtant en 1992 est paru un rapport troublant[1] (publié de surcroît par les Américains) sur la relation entre le taux de cholestérol et la mortalité. Ce rapport est à prendre au sérieux (mais on n’en parle guère) à trois titres : d’abord, parce que la mortalité a été déterminée plus de 5 ans après le début de l’étude, laissant le temps à une maladie mortelle pour se déclarer (bien sûr ce délai paraît insuffisant à certains), ensuite, il porte sur 524000 hommes, 125000 femmes et 68406 décès ! Ce n’est pas rien, enfin, ces populations étudiées sont américaines, japonaises et européennes donnant un caractère quasi universelle aux conclusions.
Quels sont les résultats de cette étude impressionnante ?
En prenant comme référence la mortalité des sujets dont le taux est compris entre 1,60 g/l et 1,99 g/l :
- Que l’on soit homme ou femme un cholestérol inférieur à 1,60 g/l s’accompagne d’une surmortalité relative de 17p100 pour les hommes et 10p100 pour les femmes, cette surmortalité n’étant pas liée à une affection cardio-vasculaire (le contraire aurait été déprimant).
- Entre 2 et 2,39 g/l la surmortalité cardio-vasculaire apparaît chez les hommes (sans augmenter la mortalité globale) mais pas chez les femmes.
- Au delà de 2,40 la surmortalité cardio-vasculaire augmente encore chez les hommes élevant de ce fait la mortalité globale (car la mortalité liée aux autres causes ne s’élève pas)…Et toujours aucune surmortalité chez les femmes.
Que conclure ? Chez les hommes il y a bien une corrélation (du type exponentiel, c’est à dire en s’accélérant) entre le taux de cholestérol et la mortalité cardio-vasculaire à partir de 2g/l, mais pas chez la femme (dont le taux des HDL, le « bon cholestérol », est élevé, au moins jusqu’à la ménopause). Dans les deux sexes un taux de cholestérol bas s’accompagne d’une surmortalité liée à des causes non cardio-vasculaires (les cancers mortels étant plus présents chez les hommes que chez les femmes).
[1] Report of the Conference on Low Blood Cholesterol: Mortality Associations. Circulation 1992; 86, 3 : 1046-60
/image%2F0651388%2F20260503%2Fob_abbc2e_peste-canne-blanc-copie.jpg)